Aucune entreprise ne peut adresser seule les enjeux de la crise climatique”

Temps de lecture : 9 minutes

 

Côme Perpère
Directeur du développement durable et de la transformation chez Microsoft France

Côme Perpère a pour mission d’aider les entreprises françaises dans l’accélération de leur transition écologique grâce aux solutions numériques.

Microsoft prend depuis plusieurs années des engagements forts pour tenter de répondre aux différents enjeux environnementaux qui nous touchent. Avec une conviction : les entreprises et la technologie font partie de la solution. Explications avec Côme PerpèreDirecteur du développement durable et de la transformation de Microsoft France. 

Pourquoi Microsoft a décidé de se pencher depuis plusieurs années sur les sujets environnementaux, et d’accélérer ses engagements et ses actions depuis 2 ans ?  

Pour différentes raisons. La première est que cela est lié à la mission de Microsoft, qui est de donner à chaque individu et chaque organisation les moyens de réaliser ses ambitionsRéaliser ses ambitions, individuelles ou collectives, ne sera pas possible si nous najustons pas de manière significative notre trajectoire commune, notamment nos émissions de gaz à effet de serre et notre impact négatif sur la biodiversité. Les multinationales, de par leur taille et leur impact potentiel, ont une responsabilité de premier plan pour ajuster cette trajectoire. C’est d’autant plus vrai pour Microsoft qui a les moyens humains, technologiques et financiers pour le faire. Et notre devoir ne se résume pas à notre périmètre. Nous souhaitons aussi aider nos parties prenantes (clients, partenaires, utilisateurs, fournisseurs) à le faire. C‘est notre responsabilité.  

La seconde raison est que le numérique au sens large à un impact direct négatif sur l’environnement, et cet impact est grandissant. Nous avons donc, en tant qu’industrie, une responsabilité directe sur l’outrepassement des limites planétaires. Mais nous sommes aussi convaincus que le numérique, s’il est bien orienté, est une composante essentielle de la solution à la crise environnementale. Nous ne croyons pas que la solution à cette crise se partage entre d’un côté la décroissance et de l’autre l’innovation. Il faut ajuster nos modèles de production et de consommation, tout en utilisant la technologie de manière bien choisie, lorsque les apports de celle-ci sur la résolution de nos problèmes sont évidents.  

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En janvier 2020, Microsoft a pris des engagements forts en matière de durabilitéPar exemple sur le carbone : parvenir à une empreinte carbone négative d’ici 2030 d’une part. Et éliminer de l’environnement tout le carbone émis par l’entreprise depuis sa création, en 1975, d’ici 2050. Un an plus tard, quel bilan tirer des premières avancées ? 

Nous le savions, mais cette année de travail acharné a prouvé que la route est encore très très longue, même si certains résultats nous poussent à un optimisme mesuré.  

Par exemple, en un an, nous avons réduit les émissions de gaz à effet de serre de Microsoft de 5%, soit près de 600 000 tonnes. On l’a fait sur le Scope 3 “aval”(c’est-à-dire les émissions indirectes liées à l’utilisation de nos produits) en travaillant sur l’efficience énergétique de nos Surfaces et de nos XboxNotre Surface Pro 10, par exemple a baissé sa consommation énergétique de 28%. Et les Xbox disposent d’un nouveau mode veille plus efficient qui permet de minimiser sa consommation d’électricité. Ces améliorations sont l’un des axes qui nous ont permis de baisser notre empreinte carbone. Mais cela va heureusement plus loin

Nous travaillons aussi de manière très active sur l’empreinte environnementale totale liée à nos datacentersy compris la gestion du cycle de vie de nos 4 millions de serveurs. Nous faisons un travail de fond avec l’ensemble de nos fournisseurs, avons lancé une taxe carbone interne pour le Scope 3, et allons indexer la rémunération de nos dirigeants sur des indicateurs environnementaux. 

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Concrètement, comment Microsoft compte-t-il s’y prendre sur le sujet du Carbone ? 

La première chose à faire lorsque l’on mène une politique carbone, c’est de mesurer. Il est essentiel de savoir d’où l’on part pour se fixer des objectifs atteignables. La deuxième, c’est de réduire ses émissions. C’est ce que nous commençons à faire, notamment en améliorant l’efficacité énergétique de nos produits et solutions comme je viens d’en parler, tout en travaillant avec l’ensemble de nos parties prenantes. 

Notre objectif étant d’être neutre en carbone l’horizon 2030, notre effort sera notamment de réduire de moitié nos émissions de Scope 3qui représentent 70% de nos émissions totales. Nous souhaitons ainsi passer de 11 millions de tonnes à 6 millions de tonnes de CO2. Mais il y a une partie de nos émissions, indirectes principalement, que nous ne pourrons pas réduire.  

Le troisième axe consiste donc à compenser les émissions carbones que l’on ne peut pas réduire. C’est-à-dire de retirer le carbone qui a été émis grâce à des projets de reforestation, ou d’autres solutions de carbon removal”, même si ces dernières ne nous apportent pas aujourd’hui un volume assez conséquent. 

Le quatrième est de partager en toute transparence et avec le plus grands nombre nos avancements et ce que nous avons appris en chemin, les bonnes nouvelles comme les mauvaises. C’est ce que nous faisons, avec par exemple un retour d’expérience détaillé sur nos appels à projets.

 

Et justement, sur quels projets travaillez-vous actuellement ?

En juillet 2020, nous avons lancé un appel à projets pour ces solutions d’offsetting de carbone. Nous avons reçu 189 propositions dans le monde entier ! Nous avons sélectionné 26 projets avec l’objectif de retirer 1,3 million de tonnes de carbone. Aujourd’hui, les projets que nous finançons portent principalement sur des solutions liées à la forestationDans le Montana par exemple, nous finançons la reforestation de forêts mal entretenues, afin qu’elles puissent jouer leur rôle de puits de carbone. Ces forêts absorbent actuellement 16 tonnes de dioxyde de carbone par acre. En optimisant leur gestion, nous allons les faire passer à 41 tonnes par acre 

Malgré ces chiffres très encourageants au niveau de Microsoftnous sommes conscients que les solutions liées à des projets forestiers ne suffiront pas à l’échelle planétaireElles pourront couvrir au mieux 5% de l’ensemble des émissions mondialesIl est nécessaire de trouver d’autres solutions, comme le biochar, une solution capable de séquestrer du carbone et pouvant être utilisé comme matériel de construction ou pour l’amélioration des terres agricoles. Nous finançons actuellement 3 projets de biochar Nous finançons également une startup suisse, Climeworks, qui fait de la direct air capture. Elle capture le CO2 de l’air directement via des sortes de ventilateurs. Ces différentes solutions sont très prometteuses, mais elles ne portent pour l’instant que sur des volumes limités de CO2. L’enjeu des années à venir est donc de contribuer à les faire passer à l’échelle si nous le pouvons. 

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On voit bien les efforts de Microsoft sur les émissions carbone. Comment adressez-vous les autres enjeux environnementaux ?  

Notre approche repose sur 4 piliers : le carbone, l’eau, les déchets et la biodiversité. Pour chaque pilier, notre démarche est toujours la même : regarder ce que l’on peut faire en interne puis chercher à en faire bénéficier tout notre écosystème. Concernant l’eau, notre objectif est d’être water positive d’ici 2030. C’est-à-dire de restituer plus d’eau que nous n’en consommons 

Sur nos campus basés sur des bassins en stress hydrique, comme à Beijing par exemple, nous avons mis en place un système de réutilisation de l’eau captée par nos des climatiseurs. Cela permet d‘économiser 1000 m³ d’eau par mois, soit 10% de la consommation d’eau du campus de Beijing. On fait la même chose en Israël. Le but est d’avoir des campus beaucoup plus vertueux dans lesquels on va aussi faire de la récupération d’eau de pluie, pour arroser les plantes par exemple. Mais diminuer sa consommation d’eau ne suffit pas.  

L’enjeu est aussi de remettre de l’eau dans les endroits qui en manquent. C’est pourquoi nous avons multiplié par 7 nos projets de reconstitution d’eaupassant de 200.000 m³ d’eau reconstituée à 1,7 million. Dans le Wyoming par exemple, on a pris des terres sur lesquelles il y avait des routes en très mauvais état. On a retiré ces routes pour faire en sorte que l’eau de pluie tombe directement dans des bassins d’eau, ce qui par ailleurs à un impact positif sur l’ensemble de la biodiversité locale.  

Il s’agit là de gros investissements…

En effet. Notre Fonds d’innovation pour le climat, lancé l’an dernier, est doté d’1 milliard de dollars. Il permet d’investir dans de nouvelles technologies visant à accélérer la mise au point de solutions de réduction, de captage et d’élimination du carbone à l’échelle mondiale, qui n’auraient pas forcément un accès facile à des sources de financement autrement, Nous avons déjà investi plus de 50 millions de dollars cette année sur différents projets. Nous avons aussi investi 10 millions de dollars dans un fonds d’innovation sur l’eau. Ces investissements sont un moyen d’agir.  

L’écoconception en est un autre. Afin de réduire les déchets, nous travaillons à allonger la durée de vie de nos produits. Notre but est que Surface soit 100% réparable à l’horizon 2030. Nous travaillons aussi sur des datacenters circulaires. Nous avons lancé une initiative pilote à Amsterdam dont le but est que 90% de notre matériel soit réutilisable. Aujourd’hui, nous sommes à 84 %. 

L’un des grands enjeux environnementaux est la protection de la biodiversité. Comment Microsoft agit-t-il dans ce domaine ? 

La biodiversité est probablement le plus gros enjeu environnemental, mais il y a à la fois un problème de définition commune et de mesure de notre impact sur celle-ci, au niveau individuel mais aussi au niveau d’une entreprise. Cela rend ce sujet pourtant crucial difficilement intelligible et actionnable pour la plupart des acteurs du secteur privé. En fait, nous sommes face à un problème de mise en commun, d’harmonisation, de gestion, et d’analyse des données liées à la biodiversité. Une modification environnementale au Brésil aura potentiellement un impact sur la biodiversité au Nicaragua, aux Etats-Unis ou en Europe. Il y a donc un enjeu de compréhension de ces interdépendances complexeset cela commence par la mise en commun de toutes les informations disponibles, afin de mieux appréhender l’interdépendance des données collectées.   

C’est pourquoi Microsoft a eu l’idée d’un “ordinateur planétaire » Ce cloud vise à recueillir des données qui aideront à mieux partager, comprendre et analyser des données d’origines très diverses mais liées de près ou de loin à la biodiversité Cette année, 10 pétaoctets de données ont été chargés, notamment des données satellites. L’objectif est d’aller plus loin dans la collecte de ces données et de mettre une couche applicative, avec de l’intelligence artificielle, pour permettre aux développeurs, aux chercheurs, aux start-ups etc. de tirer très simplement de cette base des solutions et des analyses intelligibles et actionnables. Et cela de manière ouverte.  

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Comment Microsoft mobilise son écosystème pour adresser les enjeux du changement climatique ?

Il est clair qu’aucune entreprise ne peut adresser seule les enjeux de la crise climatique. Notre mission est d’augmenter l’impact positif de Microsoft sur les sujets environnementaux aux travers de ses clients, de ses partenaires, de ses employés et de ses parties prenantes au sens plus large (fournisseurs, start-ups, gouvernement, ONG notamment). C’est pourquoi nous souhaitons nouer des partenariats dans différentes régions du monde tout en avançant localement.  

En France de manière plus spécifique, nous avons entamé des discussions “Green IT” avec un grand nombre de nos clients pour comprendre comment nous pouvions rendre leur IT plus vert, en basculant notamment des workflows dans le cloud 

Mais sur le long terme, et cela a déjà commencé, l’enjeu est de travailler sur « l’IT for Green ». Soit l’émergence de solutions technologiques disruptives qui permettent à nos clients de toute taille de mesurer mais surtout de minimiser l’impact environnemental de leur opérations (par exemple leur chaîne logistique ou leurs bâtiments)Voire même de développer des nouvelles gammes de produits et services respectueux de l’environnementpar exemple sur le sujet de l’agriculture avec une solution comme Azure Farmbeats ou encore du transport.  

Nous travaillons ainsi avec Engie pour optimiser la performance des leurs parcs éoliens, solaires et hybrides dans le monde. Sur un autre sujet, nous travaillons en France avec l’ONG Surfrider Foundation pour réduire, grâce à l’intelligence artificielle, les déchets plastiques provenant des rivières, ces dernières étant le vecteur de 80% de l’ensemble des déchets plastiques que l’on retrouve au niveau océanique. Et enfin, pour augmenter notre impact, nous travaillons de manière étroite avec tous nos partenaires locaux, par exemple avec EcoVadis qui est un acteur majeur de la mesure de la performance environnementale et sociétale des entreprises.  

Le champ des possibles sur le IT for Green est immense car à titre d’exemple, si l’IT représente aujourd’hui 4% des émissions de Gaz à effet de serre, le non-IT représente 96% ! Et là-dessus, il y a encore tout à faire !  

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Et quel est le rôle des employés de Microsoft France dans cette démarche ? 

L’engagement des employés est une composante essentielle de notre démarche.  

En France par exempleGreen Wave est une cellule qui rassemble une communauté de collaborateurs qui ont envie de se mobiliser mais aussi de monter en compétences sur ces questions. Ils ont organisé récemment en interne un mois Greenavec 19 sessions auxquelles plus de 1 000 personnes ont participé, avec la participation de certains de nos clients comme Schneider Electric. Cette communauté très active apporte de la sensibilisation et de la connaissance sur ces sujets.  

Notre ambition est de contribuer au respect strict des limites planétairesen étant conscient que la technologie ne sera pas l’unique solution à nos problèmesPour cela, nous cherchons à mobiliser l’ensemble de notre écosystème local : partenaires, clients, startups, fournisseurs, ONG et… employés 

Car c’est bien souvent en agissant au local, à notre échelle, que l’on fait avancer les choses au global.

Questions fréquentes

Que signifie “carbone neutral” ?

Une entreprise carbone neutral s’engage à compenser la totalité de ses émissions de CO2 (dioxyde de carbone), généralement au cours d’une année. Cela lui permet d’avoir un bilan carbone neutre. 

Quels sont les objectifs de développement durable fixés par l’Unesco ?

Il y en a 17 ODD en tout. Ces objectifs fixent des objectifs à atteindre d’ici 2030. Ils visent à améliorer la qualité de vie humaine (en réduisant la pauvreté et la famine ou en affirmant l’égalité des sexes par exemple) mais aussi à lutter contre le réchauffement climatique. 

Quelles sont les méthodes pour compenser les émissions de carbone ?

Actuellement, une grande partie des solutions reposent sur la reforestation. Cela consiste à planter de nouveaux arbres et à entretenir les forêts afin que celles-ci puissent jouer leur rôle de puits naturel de carbone.