Dans 30 ans : ère post-écran et IoT sensoriel 

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A quoi ressemblera l’IoT dans 30 ans ? Pour les experts interrogés, le futur sera sans écran, sensoriel et holographique. Projections. 

Et si on s’adonnait à un exercice de prospective… Interrogés au micro d’Usbek & Rica en partenariat avec Microsoft, les invités experts en IoT dessinent chacun leur futur, le curseur de la machine à voyager dans le temps dans 30 ans. « La prospective n’est pas un exercice facile », prévient tout de même Pierre-Jean Benghozi, directeur de recherches au CNRS, professeur à l’école polytechnique et à l’Université de Genève et président de la mission d’évaluation du plan France Très Haut Débit. Pour preuve, « aucun des auteurs de science-fiction n’avait pensé aux téléphones mobiles », dit-il. A en croire les futurologues, aux manettes de notre voiture volante, nous aurions dû marquer l’arrêt pour nous rendre à la cabine téléphonique la plus proche. 

Mais puisqu’il faut s’y essayer, soyons ambitieux. Dans l’imagination de nos experts, le futur se fait omniprésent mais discret, un monde où le numérique aurait trouvé sa place dans le monde physique comme deux réalités qui se superposent sans friction. « On peut imaginer que l’on atteindra une ère post-écran où les humains seront immergés dans des environnements numériques interactifs, dessine Bernard Ourghanlian, directeur technique et sécurité chez Microsoft. Transporter un smartphone dans sa poche ne sera plus nécessaire, chaque surface deviendra interactive, on interagira avec des hologrammes, l’écran disparaîtra et ne sera plus une barrière. Dans le futur, les technologies se fondent dans notre vie quotidienne jusqu’à ne plus s’en distinguer. » Sur la même longueur d’ondes, Pierre-Jean Benghozi approuve cet IoT « sans coupure », imagine-t-il. 

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Le chirurgien en hologramme 

L’image est dans le viseur de tous les experts interrogés : un futur en réalité mixte où le smartphone serait devenu un appareil encombrant appartenant au passé. « Plus de connectivité, plus de fluidité », prédit Pierre-Jean Benghozi, pour un futur où les humains bénéficieront d’un « accès immédiat aux ressources de connaissances et de communications ouvertes par les objets et les réseaux ». Une vision partagée par Benjamin Jude, architecte de solutions chez Schneider Electric. « On organisera sans doute des meetings de façon complètement virtuelle avec des hologrammes. Est-ce qu’on se déplacera moins parce que les informations viendront plus vite à nous ? », interroge-t-il. 

Si ce futur au goût de réalité mixte est récurrent dans les prédictions des spécialistes de l’IoT, c’est que déjà cette intuition se dessine. Les interfaces se réduisent, passant de l’imposant ordinateur de bureau, son clavier et son unité centrale, à l’écran tactile de notre smartphone, sa version allégée des montres intelligentes puis l’interface par la voix avec les assistants vocaux. 

Les lunettes de réalité mixte existent déjà. Si celles de Google ont disparu du marché grand public, elles sont toujours bien présentes sur le marché professionnel. Depuis 2017, Microsoft commercialise les HoloLens tandis qu’Apple développe son modèle Apple Glass et que Facebook a annoncé une paire de lunettes connectée contrôlable depuis un gant. 

Les outils mais aussi les usages : en février dernier, 15 chirurgiens de 13 pays ont participé à des interventions où ils utilisaient des lunettes de réalité mixte HoloLens pour aider à travers des hologrammes, des médecins partout sur la planète à réaliser des opérations, rappelle Bernard Ourghanlian. 

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Une forêt d’IoT 

Dans cette forêt d’IoT, les objets auront appris à communiquer entre eux, sans regard de leurs différences de systèmes opérateurs. « Bien avant 30 ans, l’ensemble des objets autour de nous seront connectés et ils se parleront dans un système complètement interopéré », prédit Stéphane Baulon, directeur général délégué d’Energisme. Un horizon auquel acquiesce Gilles Berhault, délégué général de la Fondation des Transitions et de l’association Stop exclusion énergétique. « L’IoT du futur, c’est avant tout un IoT totalement interopérable ». Une communication fluide et aussi beaucoup plus rapide grâce à l’informatique quantique. « On aura à portée de main toutes les informations à des vitesses que l’on n’imagine même pas », se réjouit l’architecte de solutions Benjamin Jude. 

Grâce à l’optimisation d’un réseau d’objets de plus en plus intégré à notre quotidien, les experts en IoT prédisent l’avènement d’une intelligence collective voire même d’une sensorialité des objets qui nous entourent. C’est la vision ambitieuse d’Arnaud Fontaine, spécialiste de l’IoT chez Microsoft. « Les bâtiments, les stades, tous ces écosystèmes vont vraiment devenir intelligents ». L’IoT viendra ainsi envelopper les bâtiments d’« une enveloppe sensorielle capable de comprendre à tout moment les usages, les besoins des personnes à l’intérieur et capable de communiquer et d’entrer en relation de manière beaucoup plus naturelle » avec ses habitants. Pour illustrer sa vision, Arnaud Fontaine s’arme de biomimétisme : « dans une forêt, contrairement à ce qu’on peut penser, il y a énormément de communications entre les arbres et les différents organismes. Ce serait un bon modèle pour l’IoT de demain. » 

Et puisqu’il est question de nature, nos experts envisagent un avenir vert pour cette technologie légère. « L’IoT de demain, ce sera des machines à très longues durées de vie, à l’impact quasi nul et qui permettent de ne plus rien gaspiller, espère Gilles Berhault. La technologie doit être uniquement porteuse de solution ». 

Pour en savoir plus, découvrez notre podcast « Vers l’IoT et au-delà » :