Entreprise et handicap : et si l’accessibilité numérique était l’affaire de tous ?

Temps de lecture : 20 minutes

600 millions. C’est le nombre de personnes en situation de handicap concernées par l’accessibilité numérique dans le monde. En France, ce chiffre s’élève à 9,6 millions. Mais de quoi parle-t-on exactement ? 

Accessibilité numérique ? [Musique d’introduction]

Sylvie Duchateau, experte en accessibilité numérique chez Access42 [00:00:08] Avant tout, quand nous parlons d’accessibilité numérique, il faut bien comprendre que l’accessibilité, c’est un droit humain qui est intégré dans la Convention de l’Organisation des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées. C’est-à-dire que les personnes handicapées ont droit, comme les autres, à accéder à la société, à l’information, au cadre bâti comme tout le monde. Et si cet accès n’est pas garanti, il y aura des barrières, des obstacles et de nouveau, une exclusion de ces personnes.

Philippe Trottin, Accessibility Lead at Microsoft [00:00:38] D’ailleurs, dans la loi de 2005, on avait déjà l’accessibilité qui était citée et même si on parlait très peu du numérique à l’époque. Aujourd’hui, c’est un peu différent puisque je pense qu’Access42 comme Microsoft, on est concernés fortement par cette thématique. On va peut-être aussi resituer l’accessibilité parce qu’en fait on a deux problématiques à adresser dans l’accessibilité. On a à la fois l’accessibilité, les solutions et les outils qui vont être utilisés par des personnes qui ont besoin de ces solutions. Mais on va aussi avoir besoin de sensibiliser à la fois les développeurs qui développent des sites ou des applications accessibles, et puis les personnes qui créent des documents. On en reparlera peut-être de la communication inclusive, puisqu’en définitive, le simple fait de créer un document accessible permet aussi à tout le monde d’accéder aux informations contenues dans ce document.

Sylvie Duchateau [00:01:23] Pour revenir aux personnes concernées par l’accessibilité numérique, il ne faut pas oublier que la loi de 2005 définit un grand éventail de personnes concernées. Et ça ne concerne pas seulement les personnes qui ont handicap qui se voit donc quelqu’un qui ne voit pas, qui est en fauteuil roulant, et al., mais toutes les personnes qui ont un handicap invisible. Cela concerne quand même 80 % des personnes, et une personne sourde on ne voit pas qu’elle est handicapée, une personne qui a des douleurs ou des problèmes de santé invalidants, c’est aussi un handicap. Mais ça ne se voit pas non plus. Et pourtant, elle a besoin de l’accessibilité numérique.

Philippe Trottin [00:01:56] Moi je peux même citer un exemple puisqu’en fait j’ai une dysorthographie et donc quelque part ma dysorthographie fait que ce n’est pas quelque chose qui se voit. Mais grâce aux outils et aux solutions numériques, on peut être aidé et être accompagné pour produire des documents en évitant les fautes d’orthographe notamment.

Sylvie Duchateau [00:02:14] Ça me fait rebondir puisqu’étant aveugle de naissance, je suis concernée par l’accessibilité numérique non seulement dans ma vie privée pour faire mes courses, etc., mais aussi dans ma vie sociale puisque je suis investie dans les associations de parents d’élèves, donc aussi concernée par les problèmes d’éducation. Puisque les outils que les personnes utilisent dans les établissements scolaires parce que les actions se font uniquement à la souris souvent ou c’est des tableaux des choses assez inaccessibles, on reçoit souvent de la part de l’administration des écoles des documents scannés, numérisés, réimprimés donc qui arrivent en PDF images et donc avec ma technologie, qui est un lecteur d’écran couplé à une synthèse vocale et du braille, je ne peux pas lire les documents images, sauf si je fais l’effort de renumériser de mon côté, donc ça me coûte beaucoup d’efforts. Et évidemment, dans l’entreprise, j’utilise au quotidien l’accessibilité numérique puisque grâce aux outils dont je me sers, je peux communiquer avec mes collègues et faire mon travail.

Philippe Trottin [00:03:23] D’ailleurs, si on parle rapidement des outils côté Microsoft, on a pris la décision d’infuser dans toutes les solutions que l’on a, que ça soit Windows, Office et puis la plupart des produits que l’on crée, des fonctionnalités d’accessibilité. On ne se dit pas experts en solutions d’accessibilité, on veut simplement que ces solutions soient nativement disponibles pour tous. C’est compliqué d’être dans un environnement digital et de ne pas bénéficier d’un lecteur d’écran, même si ce n’est pas le dernier ou le plus à la pointe, mais au minimum qu’il en existe un. Et donc l’objectif, c’est que toutes ces solutions puissent permettre de servir tous les utilisateurs de nos solutions Microsoft.

Accessibilité en entreprise : comment faire ? [Musique de transition]

Sylvie Duchateau Quand on regarde du côté des entreprises, l’accessibilité numérique est souvent peu connue et peu prise en compte. Pour une personne qui arrive avec un handicap. Déjà, c’est un peu difficile pour la personne de déclarer son handicap, de dire qu’elle a un handicap parce qu’ensuite elle risque d’être stigmatisée ou peut-être mise dans un placard parce que les options et les fonctions qu’elle fait ne correspondent pas. La difficulté pour les personnes qui ont un handicap et qui sont dans une entreprise, c’est que souvent les applications utilisées dans cette entreprise, donc les applications métiers qui permettent par exemple de déclarer ses congés, de faire des demandes de congés, sont inaccessibles et ne sont pas soumises encore à la loi puisque quand elles sont créées avant 2018, elles pourront être rendues accessibles uniquement quand on aura décidé de refondre, de refaire l’application. L’autre difficulté dans l’entreprise, c’est que comme on ne connaît pas le handicap, on a souvent peur, en tant que chef d’entreprise, d’embaucher une personne différente, une personne avec différentes facultés ou difficultés. Souvent, les entreprises n’embauchent pas de personnes handicapées. Elles doivent payer une amende puisque les entreprises qui embauchent plus de 20 salariés ont l’obligation de payer cette amende si elles n’embauchent pas 6 % de personnes handicapées. Donc elles doivent payer une amende. Heureusement quand même, ce qu’elles payent comme amendes, ça permet de financer le poste de travail des personnes qui en ont besoin, par exemple une rampe ou une plage braille pour les personnes qui ne voient pas ou des services de traduction en langue des signes pour les personnes qui en ont besoin. Et ce qui manque dans l’entreprise aujourd’hui, c’est d’informer les collaboratrices et collaborateurs des spécificités des personnes qui ont un handicap.

Philippe Trottin [00:05:49] Je suis entièrement d’accord, effectivement. Alors moi, déjà dans mon rôle de référent handicap, ça fait partie de mon rôle globalement de créer les conditions permettant d’accueillir des personnes en situation de handicap dans l’entreprise, puisqu’effectivement, un référent handicap, c’est spécifiquement sa mission. Maintenant, la vraie problématique, c’est que l’accessibilité est aujourd’hui trop limitée aux aides ou en tout cas aux accompagnements que l’on peut faire pour répondre à des aménagements de postes de tel ou tel collaborateur. Le vrai souci aujourd’hui, c’est qu’il ne faut pas que ça reste cantonné, on va dire, aux ressources humaines et à la mission handicap. Il faut que ça remonte à la fois vers les équipes informatiques qui vont mettre à disposition ces solutions pour les collaborateurs, mais il faut aussi que ça remonte auprès des gens qui vont développer le site Internet, par exemple de l’entreprise, parce que c’est impossible aujourd’hui dans la situation, en tout cas pour une grande entreprise, c’est inadmissible de ne pas créer un site Internet accessible à tous. Et puis ça doit remonter un peu partout puisqu’en définitive, les services de communication et de marketing, eux, se doivent aussi d’avoir de la communication inclusive, que ce soit en interne, dans l’entreprise pour couvrir tous les collaborateurs. Mais que ça soit aussi en externe, puisqu’on va participer à des salons, on va participer à des événements, on va produire peut-être des newsletters, des choses comme ça. Tout ça se doit d’être aussi accessible.

Sylvie Duchateau [00:07:08] Et donc cela signifie que les personnes qui créent ces contenus, les personnes qui accompagnent les salariés de l’entreprise dans la mise en place du poste de travail soient sensibilisées et formées à la nécessité de créer des documents accessibles, de comment paramétrer l’outil de travail pour que la personne puisse l’utiliser correctement. Ne pas mettre des freins par exemple dans l’outil informatique. Dire : « Je vous coupe les droits administrateur pour installer tel ou tel logiciel ». Autoriser l’utilisation de logiciels qui seront plus accessibles que d’autres. Donc ça demande vraiment un dialogue entre tous les acteurs et les actrices de l’entreprise et la personne concernée par le handicap.

Philippe Trottin [00:07:46] Et puis justement, la difficulté dans l’aménagement de poste d’un collaborateur, c’est que c’est toujours du sur mesure. Or, si on regarde le poste de travail qui est proposé par une équipe informatique en interne dans les grandes entreprises, ils essayent au maximum de standardiser. D’où l’intérêt en fait de pouvoir infuser dans toutes les technologies standards et tous les produits standards, type Windows et Office, ces fonctionnalités d’accessibilité puisque du coup, devenant standard, c’est disponible pour tous les collaborateurs ou les collaboratrices de l’entreprise.

L’accessibilité, un gain pour les entreprises ? [Musique de transition]

Philippe Trottin [00:08:16] Alors oui, les enjeux business sont très importants parce qu’on voit l’accessibilité aujourd’hui comme un coût dans l’entreprise. Il faut globalement acheter des logiciels, il faut acheter des solutions adaptées. Mais en définitive, il ne faut pas oublier aussi que ça apporte des bénéfices à l’entreprise. On a parlé de recrutement et du fait de créer un environnement accessible pour attirer des talents en situation de handicap. Mais la diversité, en fait, démontre qu’en définitive, une entreprise plus diverse est plus innovante puisqu’elle va créer des produits et des solutions qui vont permettre de répondre à toutes les différences et toutes les difficultés que peuvent rencontrer des gens qui ont besoin d’accessibilité numérique. Au-delà de ça, l’étude a montré que, économiquement parlant, toutes les entreprises qui s’intéressent à cette diversité sont plus performantes que les autres. Elles ont davantage de bénéfices. Je crois que c’est 30 % de bénéfices supplémentaires par rapport aux entreprises qui ne s’y intéressent pas. Parce qu’en définitive, finalement, la richesse principale d’une entreprise, ce sont les hommes et les femmes qui la composent. D’où l’intérêt d’avoir les meilleurs talents et d’où l’intérêt de ne pas se couper des fameux 18 à 20 % de personnes en situation de handicap.

Sylvie Duchateau [00:09:25] On voit souvent des personnes qui travaillent dans une entreprise ou dans une administration qui n’ont plus accès à leurs logiciels parce que le logiciel a changé et qu’il est devenu inaccessible, ce qui entraîne qu’elles sont mises à l’écart de leurs emplois et peuvent même perdre leur emploi parce qu’elles ne peuvent plus travailler dans des conditions satisfaisantes. Et cela a pu même mener à une plainte auprès du Défenseur des droits puisque la personne n’était plus en mesure de travailler et avait perdu son emploi. Donc, l’enjeu, aussi, de faire accessible et d’intégrer l’accessibilité dans l’entreprise, c’est de garantir l’emploi de la personne qui a un handicap et de maintenir la personne dans son emploi.

Philippe Trottin [00:10:10] Oui, parce qu’effectivement, dans les obligations légales, on peut parler à la fois de l’obligation des bâtiments, de toute la partie architecture du bâtiment. On a parlé de l’accessibilité numérique au sens de créer des logiciels accessibles, etc., mais il ne faut pas oublier qu’il y a une non-discrimination obligatoire dans les entreprises. Et effectivement, sur cette non-discrimination, l’entreprise souvent ne fait pas le nécessaire entre guillemets pour fournir à tout le monde des solutions. Et comme on sait qu’un certain nombre de personnes ne se déclarent pas en situation de handicap, c’est d’autant plus pénalisant puisqu’en fait, ces environnements n’étant pas disponibles pour tout le monde, mais uniquement pour les personnes déclarées, quelque part, il y a une perte de productivité de ces employés qui n’ont pas de solutions adaptées.

Comment favoriser l’accessibilité numérique ? [Musique de transition]

Sylvie Duchateau [00:10:52] L’environnement accessible idéal pour une personne qui a un handicap, c’est proposer déjà l’accès à l’interface. Si la personne doit utiliser l’outil informatique, que l’interface réponde aux recommandations d’accessibilité, donc qu’il n’y ait pas que des actions qui vont se faire à la souris ou que des éléments graphiques n’ayant pas d’équivalent textuel, puisque les logiciels ne sont pas des humains et parfois ne peuvent pas décrire ce qui se passe au niveau graphique. S’il y a des réunions ou des messages audio, que ces messages puissent aussi être sous-titrés pour permettre à une personne qui n’entend pas ces messages ou qui a du mal quand tout le monde parle en même temps à comprendre ce qui se dit. Donc il faut que ces outils soient créés de façon accessible.

Philippe Trottin [00:11:37] Oui, si tu me permets d’ailleurs Sylvie de rebondir sur ce sujet-là, puisqu’avec la période qu’on a vécue avec le Covid-19, on a eu énormément de gens qui ont travaillé depuis leur domicile. Et puis maintenant, le télétravail est devenu institutionnel entre guillemets, et donc quelque part, se retrouver en situation de handicap chez soi sans avoir la capacité finalement à se joindre à des réunions et à pleinement participer aux échanges, c’est un vrai souci. Le côté environnement collaboratif est rendu encore plus difficile avec la distance. D’ailleurs, tu me disais, je crois, Sylvie, que justement c’était une difficulté que tu rencontrais de temps en temps.

Sylvie Duchateau [00:12:15] Oui, justement, en ce qui concerne le télétravail, quand nous avons tous été confinés, le logiciel qui est très bien que j’utilisais à l’époque pour lire cette interface n’était pas très efficace, surtout quand j’étais toute seule devant mon écran. Donc nous avons fait une demande de financement pour acheter un logiciel malheureusement payant et très cher, mais qui fonctionnait mieux avec les outils collaboratifs d’édition de texte notamment. Et comme ça, j’ai pu être plus efficace dans le télétravail, participer aux réunions sans avoir à prendre les moyens de transport et me perdre, ça, c’est vrai que c’est bénéfique, mais malheureusement s’il y avait un plantage parce que même si les outils plantent un peu moins maintenant puisqu’ils évoluent dans le bon sens, s’il y a un plantage, c’est vrai que si vous êtes tout seul ou toute seule devant votre écran, le ou la collègue ne pourra pas vous donner de coup de main puisque s’il y a plantage l’ordinateur s’éteint et donc la connexion visio s’éteint aussi.

Philippe Trottin [00:13:15] D’ailleurs tu parlais du fait que ces solutions, ces logiciels en fait, évoluaient dans la bonne direction on va dire, mais effectivement une grosse partie des solutions bénéficient aussi de l’évolution de tout ce qu’on a comme technologies d’intelligence artificielle. Puisque dès qu’on commence à parler de reconnaissance vocale, par exemple pour du sous-titrage pour des personnes sourdes ou malentendantes, ou quand on va parler de production de documents avec de la dictée vocale, ça peut permettre, entre guillemets, d’améliorer les choses, même si aujourd’hui ça peut encore être perfectible dans certaines situations, dans certains environnements bruyants, ça va vraiment dans le bon sens pour améliorer l’accessibilité pour tous, ce type de solution.

Sylvie Duchateau [00:13:54] C’est vrai qu’il est plus facile maintenant d’obtenir les livres dans un format électronique, le braille prenant énormément de place. Les Misérables, ça fait quand même 50 volumes, donc ça ne se transporte pas dans un sac à main. Alors que les misérables sur clé USB, oui, je peux le transporter dans mon sac à main ou dans mon téléphone, ça c’est clair. Et donc le numérique a effectivement de gros avantages puisque nous pouvons accéder au contenu comme les autres personnes. La façon dont les contenus sont conçus doit rester accessible en fonction des recommandations qui existent sur le sujet.

Philippe Trottin [00:14:24] D’ailleurs, pour parler par exemple de la voix de voix synthétique, je trouve que dans les quelques dernières années, le fait d’avoir des voix un peu plus naturelles donne un confort d’écoute. Si on regarde un peu les ouvrages jusqu’à présent, les ouvrages lus étaient des ouvrages lus par des acteurs. Mais globalement, les maisons d’édition vont se concentrer sur les best-sellers, entre guillemets. Et donc, si on veut accéder à de l’information qui n’est pas ou n’est pas considérée comme un best-seller, on se retrouve avec une voix de synthèse. La voix de synthèse de temps en temps, on est à la limite de l’écoute entre guillemets, mais on n’apprécie pas forcément la qualité, entre guillemets, de la retranscription synthétique. Aujourd’hui, on va quand même dans un sens ou la voix devient un peu plus humaine, même si ce n’est pas encore non plus parfait. Mais on va aussi, là encore, dans le bon sens.

Sylvie Duchateau [00:15:13] Ça aussi, c’est très personnel. Il y a des personnes qui vont préférer la lecture de livres avec la voix humaine et d’autres qui préfèrent la voix de synthèse. Puisqu’on peut accélérer énormément le rythme de lecture, ça va très, très vite. Mais c’est vrai que souvent, il y a des gens qui disent qu’ils préfèrent lire eux-mêmes en braille. Et si on limite tout au livre audio par exemple, en ce qui nous concerne, ce sera la perte de l’utilisation du braille, qui est un outil formidable pour permettre aux personnes de lire les documents sans faire de fautes d’orthographe et accéder à l’orthographe des mots justement.

La solution, c’est la formation ? [Musique de transition]

Philippe Trottin [00:15:47] Si on parle maintenant un peu plus éducation et sensibilisation à l’accessibilité numérique, il est indispensable, évidemment, que les jeunes générations soient sensibles à ça. Moi, je vais beaucoup dans des écoles intervenir pour sensibiliser les jeunes à l’accessibilité numérique. Ça permet aussi d’ailleurs de capter des talents de ces écoles en situation de handicap, puisque le fait qu’ils entendent parler de solutions accessibles et que Microsoft, par exemple, est sensible au sujet, on a davantage de candidatures de ces jeunes auprès de l’entreprise, donc c’est plutôt bénéfique. Et puis le simple fait aussi de former, de sensibiliser à l’accessibilité numérique, on parlait tout à l’heure du recrutement de talents : on a des entreprises qui recherchent entre guillemets des talents, mais qui ne trouvent pas ces talents à recruter. À partir du moment où on leur dit « créez un environnement digital accessible et ces talents en situation de handicap pourront vous rejoindre », ça leur permet, entre guillemets, d’aller aussi dans le bon sens sur cette thématique-là.

Sylvie Duchateau [00:16:47] En ce qui concerne la formation, puisque chez Access42 nous donnons des formations, il est important pour nous que l’accessibilité numérique et la sensibilisation à l’accessibilité numérique soient prises en compte, un peu comme un fil rouge, dans les formations aussi bien initiales que continues. Par exemple, quand on vous forme à la création de sites web, au développement de sites web ou à la communication, à la contribution, etc., dire comme c’est le cas pour la sécurité, comme c’est le cas pour la protection des données, il faut prendre en compte l’accessibilité numérique tout au long de la formation. C’est-à-dire que la sensibilisation ne doit pas se faire en une heure comme ça dans l’année, donc que les étudiants et étudiantes en entendront parler juste une seule fois, mais que les personnes qui enseignent soient elles-mêmes formées et lors des cours, mettent en fil rouge l’accessibilité numérique pour que les étudiantes et les étudiants comprennent en quoi c’est nécessaire et indispensable de faire des sites accessibles. De plus, en ce qui concerne le support de formation, il faut que celui-ci soit lui-même accessible pour qu’une personne qui a un handicap puisse assister à la formation comme tous les autres étudiants.

Philippe Trottin [00:18:00] Oui, c’est d’ailleurs un problème puisqu’en fait, l’accès aux études pour des personnes en situation de handicap peut montrer et mettre en évidence des difficultés. D’un côté, on a des entreprises qui cherchent à recruter des Bac +5, et de l’autre côté, on s’aperçoit finalement que le nombre de personnes en situation de handicap qui peuvent faire leurs études parce que leurs études sont réellement entre guillemets inclusives est relativement limité. Donc, il faut notamment sensibiliser les jeunes, effectivement, mais aussi toutes les équipes éducatives, de façon à s’assurer qu’ils seront en capacité d’intégrer davantage d’étudiants en situation de handicap et leur permettre de développer leurs potentiels.

La solution, c’est la formation ? (Suite) [Musique de transition]

Philippe Trottin [00:18:42] Sur la communication inclusive, ça concerne à la fois les équipes en charge de la communication, quand on organise un événement par exemple et qu’on veut qu’il soit inclusif, il faut s’assurer que le formulaire d’inscription va demander si la personne a des besoins particuliers ou non. Donc ça concerne effectivement ces équipes, mais ça va aussi concerner finalement les personnes qui produisent des documents. Dans les outils Office, on a par exemple un vérificateur d’accessibilité qui permet de contrôler si un document Word ou si une présentation PowerPoint, par exemple, est accessible de façon à ce que lorsque le PowerPoint ou le document Word est envoyé, on soit garant de son accessibilité. Et puis, ça va concerner aussi toutes les personnes qui participent à des réunions : il y a des façons de participer qui vont être plus inclusives ou moins inclusives. Si on a par exemple des personnes malentendantes ou non entendantes dans une réunion, le simple fait de pouvoir, par exemple dans Teams, activer les sous-titrages, ça va permettre d’être plus inclusifs. On peut aussi d’ailleurs dans Teams aujourd’hui rajouter des sous-titrages avec de la traduction. Donc là, on est sur l’inclusion de personnes qui ne parleraient pas la même langue que l’auditoire. Donc grâce à ça, on est un peu plus inclusifs.

Sylvie Duchateau [00:19:52] Ce à quoi il faut penser aussi dans la communication et dans l’accès aux événements, c’est que souvent, tout a été pensé pour que l’événement soit accessible. Mais il ne faut pas oublier que si on s’y rend physiquement, l’accès physique à l’événement, c’est-à-dire : vous rentrez dans le bâtiment — déjà tout à l’heure, nous avons eu une porte tournante, ce qui posait un problème pour le chien qui a peur de la porte tournante, mais du coup, peut-être pour la personne en fauteuil aussi, qui aura du mal à rentrer dans le bâtiment. Il faut penser aussi aux toilettes, qui sont un élément important quand on a plusieurs heures de réunion et donc penser que ces toilettes doivent être accessibles. Et puis après l’orientation dans le bâtiment, parce que c’est bien d’arriver à l’accueil, mais comment on fait quand on ne voit pas, quand on n’arrive pas à lire suffisamment les panneaux parce qu’on voit mal, à se diriger jusqu’au lieu de la réunion. De plus, quand on est à distance sur une réunion Teams ou même en physique, il faut bien penser à regarder la caméra en face, l’écran en face et peut être aussi baisser son masque pour les personnes sourdes, puisque si vous avez un masque sur les lèvres, les personnes qui lisent sur les lèvres ne pourront pas lire ce que vous êtes en train de dire.

Philippe Trottin [00:20:58] Oui, complètement en phase, d’ailleurs, sur un aspect événementiel, une fois qu’on a travaillé cette accessibilité, il faut aussi indiquer aux participants que l’événement est accessible. Parce qu’en définitive, moi, j’ai eu trop souvent des demandes de personnes sourdes et malentendantes qui me disaient : « Moi, je ne viendrai à l’événement que si je suis sûr d’avoir un sous-titrage ou si je suis sûr d’avoir une personne qui va parler la langue des signes. Sinon, ça ne sert à rien que je me déplace ». Donc il y a aussi cet aspect de communication sur l’effort que l’on a fait en termes d’accessibilité à l’événement.

Sylvie Duchateau [00:21:27] Et ce à quoi il faut veiller également dans le sous-titrage par exemple, c’est souvent, on a vu ça dans les réunions, dans les discours politiques de nos chers candidats à la présidentielle, c’est que les sous-titres étaient décalés par rapport à ce que la personne disait. Donc ça arrivait soit trop en retard, soit en avance. Et parfois les personnes avaient du mal à voir qui était en train de parler. Il faut bien signaler tout ça.

L’accessibilité aux nouvelles technologies, à Internet, aux équipements informatiques et autres logiciels figure à l’agenda de la Convention relative aux droits des personnes handicapées établie par l’ONU. C’est ce que l’on appelle l’ « accessibilité numérique », un droit fondamental et humain dont le rôle est de préserver les personnes en situation de handicap de l’exclusion numérique. Oui mais, dans les faits, alors même que nous évoluons dans une société toujours plus digitalisée, l’accessibilité numérique tombe encore trop souvent dans l’oubli… Sylvie Duchateau, experte en accessibilité numérique au sein du cabinet de conseil Access42, et Philippe Trottin, Accessibility Lead au sein de Microsoft France, reviennent sur les grands enjeux qui gravitent autour de ce sujet de société et nous disent comment passer de l’état de concept à la concrétisation, pour impulser un numérique (véritablement) inclusif.  

L’accessibilité numérique, pourquoi c’est important ? 

De l’inclusion à l’exclusion, il n’y a qu’un pas 

Vie sociale, vie privée, vie professionnelle… Le numérique est partout. Formidable outil de partage, de travail et de collaboration, il connecte les individus et offre de multiples opportunités d’interactions, à condition cependant d’être pleinement adapté à tous les profils d’utilisateurs, dont ceux en situation de handicap. Sylvie Duchateau est non-voyante de naissance, et en tant que parent d’élève, elle reçoit fréquemment des documents scannés et numérisés en PDF de la part du corps enseignant ou de l’administration, qui sont autant de communications qui ne lui sont pas accessibles avec son handicap. A l’inverse, dans son travail, elle bénéficie de toutes les technologies nécessaires et adaptées. C’est là tout le paradoxe du numérique : en fonction des situations et des usages, il peut être un facteur d’inclusion comme un facteur d’exclusion. Un état de fait qui s’avère particulièrement vrai dans le monde de l’entreprise…  

Un facteur déterminant pour les salariés en situation de handicap 

Au même titre que les services publics numériques et certains services privés sont tenus d’être accessibles aux personnes en situation de handicap, tel que prévu par le référentiel général d’amélioration de l’accessibilité (RGAA), il existe un cadre légal pour les entreprises. « Chaque entreprise est tenue à des règles de non-discrimination obligatoire, mais les organisations ne font pas toujours le nécessaire et les personnes en situation de handicap se retrouvent souvent confrontées à des environnements de travail qui ne leur sont pas accessibles » explique Philippe Trotin. Ainsi, la plupart des applications métiers – comme les applications de demandes de congés – s’avèrent souvent inaccessibles aux personnes handicapées. En plus de quoi, « il est difficile pour un individu d’aborder la question de son handicap avec son employeur, par crainte d’être stigmatisé » précise Sylvie Duchateau. Un élément structurant quand on sait que 80 % des handicaps sont invisibles.  

Tout cela entraîne non seulement une perte de productivité des collaborateurs handicapés, creuse les inégalités entre salariés mais peut aussi conduire, dans certains cas, à la perte d’un emploi lorsque les conditions nécessaires à l’accessibilité numérique ne sont pas ou plus réunies.  

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Se donner les moyens de tendre vers un monde numérique plus accessible 

Si la bonne mise en œuvre de l’accessibilité numérique en entreprise est donc aujourd’hui perfectible, il est possible d’inverser la tendance et d’infuser une véritable culture d’un numérique inclusif. Comment ? En misant sur la technologie et la formation.  

Faire de l’innovation un tremplin… 

« Pour les personnes en situation de handicap, l’environnement de travail idéal doit répondre aux recommandations d’accessibilité » souligne Sylvie Duchateau. Génération de messages audio, réunions sous-titrées, équipements alternatifs à la souris… L’innovation est un excellent tremplin pour l’accessibilité numérique. C’est en tout cas la conviction de Microsoft : « Toutes les solutions Microsoft disposent de fonctionnalités d’accessibilité, car notre objectif est de garantir l’accès de tous à nos produits » affirme Philippe Trotin, ajoutant que cette démarche vise aussi à soutenir les entreprises dans leurs politiques d’inclusion, en leur permettant d’utiliser des suites logicielles standardisées – plus simples à déployer – avec des fonctionnalités d’accessibilité d’ores et déjà embarquées.  

Mais ce n’est pas tout. Microsoft fait sans cesse évoluer ses technologies afin de proposer des dispositifs d’accessibilité numérique toujours plus performants et qui répondent aux spécificités d’un grand nombre de handicaps : 

  • Le kit adaptatif Surface permet à ce titre une meilleure identification des touches et connecteurs des ordinateurs 
  • L’outil collaboratif Teams permet d’organiser des réunions ou évènements inclusifs notamment grâce aux fonctionnalités de sous-titrage, de traduction et de transcription 
  • Une gamme d’accessoires adaptatifs capable de répondre aux exigences de différents handicaps a aussi été imaginée.  

Quant à l’IA, elle fait partie des piliers technologiques de Microsoft et se retrouve dans Windows 11 pour améliorer l’interaction des utilisateurs en situation de handicap avec les différentes applications, dans Microsoft 365, avec la mise en place de dictées vocales ou de traductions, ou encore via les différents cas d’usage adressés par l’application Seing AI 

… Et de l’éducation une condition sine qua non 

Utiliser la puissance de la technologie en faveur de l’accessibilité numérique c’est bien, permettre à chaque partie prenante de véritablement s’en saisir tout en comprenant l’importance d’être inclusif, c’est encore mieux. Et c’est comme cela que Sylvie Duchateau et Philippe Trotin voient les choses : pour réussir le pari de l’accessibilité, il faut former, sensibiliser, éduquer, afin que chacun se sente concerné par l’inclusion des personnes handicapées en entreprise. Il ne s’agit pas uniquement ici de former les départements RH, il faut aussi mobiliser les équipes IT qui gèrent le parc informatique et les suites logicielles, les développeurs qui conçoivent les applications et outils qu’utilisent les salariés, les départements communication et marketing qui se doivent d’adopter une communication inclusive, et tous les collaborateurs qui encadrent au quotidien les personnes en situation de handicap. « Il est crucial d’instaurer un dialogue entre tous les acteurs d’une entreprise et de faire de l’accessibilité numérique un fil rouge » insiste Sylvie Duchateau.  

Une dynamique d’inclusion et de diversité qui profite d’ailleurs aux organisations : « On a tendance à voir l’accessibilité comme un coût, alors qu’en réalité c’est une source de bénéfices » observe Philippe Trotin. En effet, les entreprises les plus innovantes et performantes sont celles qui font de la diversité une priorité. De quoi susciter des vocations ?  

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