Blockchain : quelles perspectives pour les entreprises ?
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Blockchain : quelles perspectives pour les entreprises ?

Quelles opportunités la blockchain offre-t-elle aux entreprises ? Réponse avec Marc Gardette Public Sector CTO chez Microsoft France.

 

On l’associe souvent aux crypto-monnaies, et notamment au Bitcoin. Pourtant, la blockchain, c’est bien plus que ça. La blockchain – ou chaîne de blocs – est un protocole de distribution de la donnée dans un registre partagé par de nombreux acteurs. Elle permet donc de stocker et de transmettre des informations en toute sécurité, puisque la donnée n’est pas centralisée ou détenue par un seul acteur, mais par tous.

 

A lire aussi : Qu’est-ce que la blockchain ?

 

Sûre, transparente, la blockchain commence à attirer de plus en plus d’entreprises. Marc Gardette, Public Sector CTO chez Microsoft France nous explique comment tirer profit de cette technologie.

 

  1. D’où vient la blockchain ?
  2. Quelle est la différence entre la blockchain publique et les blockchains privées ?
  3. Comment les entreprises peuvent-elles utiliser la blockchain ?
  4. Quels scénarios d’utilisation concrets peut-on imaginer ?
  5. Quels exemples de déploiements effectifs pouvons-nous citer ?
  6. Tous les secteurs d’activités sont-ils concernés par la blockchain ?
  7. Quels sont les freins qui ralentissent le déploiement de la blockchain dans les entreprises ?
  8. En quoi Microsoft peut accompagner le déploiement de la blockchain ?

 

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D’où vient la blockchain ?

 

Marc Gardette : La blockchain est née d’un constat fait dans les années 2000 : il n’existait pas, à l’époque, de moyen simple pour échanger de la valeur sur Internet (de la monnaie électronique).

 

Si je veux donner un billet à une personne qui est en face de moi, je peux le faire simplement et sans intermédiaire, et je n’ai pas la possibilité de dépenser ce billet deux fois, car une fois échangé, il n’est plus dans ma main. L’échange est pratique et immédiat.

 

En 2008, grâce au Bitcoin, porté par le protocole blockchain, on a pu reproduire cet échange de valeur sur Internet. Pourtant, c’était compliqué : un jeton électronique, qu’il s’agisse d’une image ou d’un fichier est facile à copier. Et comment garantir qu’il n’est pas dépensé deux fois ? Comment inventer un système adossé à un protocole d’échange – qui ne dépende donc pas d’une banque ou d’un intermédiaire financier – et qui permette d’échanger de la valeur aussi facilement qu’un email ?

Avec le Bitcoin et la blockchain, l’idée est d’avoir un registre de transaction qui puisse être non pas centralisé mais répliqué un peu partout sur Internet et maintenu par des protocoles informatiques.

Si je veux envoyer de la monnaie électronique, bitcoin ou autre, je vais inscrire la transaction dans un reste maintenu par de nombreux ordinateurs partout dans le monde. Ce registre contient toutes les transactions ayant eu lieu depuis son origine. Ainsi il est facile de s’assurer que j’ai bien reçu en entrée plus que ce que je vais dépenser (la somme de ce que j’ai reçu et de ce que j’ai dépensé est positive et me permet de dépenser le montant désiré).

 

Des mécanismes fondés sur la cryptographie rendent ce registre infalsifiable. Et les transactions sont immutables : ce qui est écrit dans le registre est comme gravé dans le marbre.

 

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Quelle est la différence entre la blockchain publique et les blockchains privées ?

 

La blockchain publique, c’est une infrastructure dont le registre est maintenu par des mineurs. Bitcoin ou Etherium s’appuient par exemple sur la blockchain publique.

Dans la plupart des cas de consortiums d’entreprises, ce sont les acteurs eux-mêmes qui vont héberger le registre sur des serveurs informatiques. Il y a alors un serveur déployé chez chacun des participants, et personne n’en est maître puisque ses serveurs communiquent entre eux : c’est ce qu’on appelle les blockchains de consortium, ou blockchains à permissions. 

La blockchain publique est plus facile à utiliser que les blockchains de consortium, puisqu’il s’agit de s’appuyer sur l’existant.

Mettre en place une blockchain de consortium est compliqué car on ne peut pas le faire seul dans son coin, il faut se mettre d’accord sur un processus, constituer une forme de gouvernance, s’entendre sur qui va développer quoi…

A titre d’exemple, les quarante plus grosses banques mondiales ont conçu ensemble une blockchain de consortium, qui leur permet de partager un registre client contenant des informations authentifiées. La Banque de France fait la même chose avec huit grandes banques françaises pour les registres SEPA (transfert de compte à compte).

 

Comment les entreprises peuvent-elles utiliser la blockchain ?

 

La blockchain a longtemps été un sujet à la mode. Comme pour beaucoup de technologies, les entreprises peuvent avoir la tentation de se précipiter et de lancer un POC ou un projet blockchain.

 

« La blockchain n’est pas une fin en soi, ce n’est qu’une technologie qu’on peut mettre au service de quelque-chose. » Marc Gardette, Public Sector CTO, Microsoft France

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La blockchain ne doit être qu’un des maillons d’une chaîne technique dans un projet de développement classique. Ce n’est pas une solution autoporteuse : pour une entreprise, ça n’a pas de sens de développer une solution blockchain en dehors de son SI. Ce n’est pas non plus un projet que l’on fait seul : la blockchain s’inscrit dans le cadre d’un service de processus partagé avec d’autres acteurs, elle n’est pas là pour remplacer une banque de donnée ou d’autres composants du système d’information. C’est un processus partagé.

 

Néanmoins, même si la blockchain se construit avec une approche multipartite, elle vient s’insérer dans les propres processus et dans le SI de l’entreprise. Elle doit donc être adossée au reste de ses applications, de ses interactions de ses systèmes de sécurité…

 

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Quels scénarios d’utilisation concrets peut-on imaginer ?

 

Aujourd’hui, chaque entreprise maintient et sécurise dans son SI des informations qui sont en quelque sorte sa vérité, sa vision du monde : l’état de ses actifs, ses transactions en cours… Mais une entreprise ne vit pas en autarcie, elle collabore avec d’autres.

Prenons par exemple l’exemple de la chaîne d’approvisionnement d’une usine pharmaceutique. Cette dernière s’approvisionne de matières premières qui elles-mêmes viennent d’agriculteurs et sont passées dans les mains de transporteurs, grossistes, douanes… Autant d’acteurs qui doivent collaborer tout au long d’un processus.

Comment donner à tous une vision claire et transverse, en temps réel ?

Sans une vérité commune, on peut avoir des erreurs ou des fraudes, qui nécessitent des réconciliations. On peut choisir de passer par un intermédiaire mais, non seulement il va prendre de la marge, mais il va aussi ajouter de la complexité au processus.

 

Le principe même de la blockchain est d’être un registre partagé, sans intermédiaire, maintenu par des protocoles informatiques. Elle peut être introduite dans un processus où les acteurs doivent collaborer mais ne se font pas naturellement confiance, pour maintenir des données, certifier et authentifier des transactions…

Le support technique apporté par la blockchain amène une vérité partagée à laquelle tous les acteurs d’un processus vont pouvoir faire confiance.

Reprenons l’exemple d’une supply chain dans le secteur agro-alimentaire : avec la blockchain, il va être possible de suivre un cycle de fabrication depuis l’origine de la vache ou d’inscrire dans la blockchain des certificats qui confirment que le lait collecté vient d’une exploitation bio. Au niveau du processus de transformation, on va pouvoir garantir que le lait a bien été pasteurisé à une température donnée ou que les lots ont été transportés dans des conditions de chaleur et d’humidité adéquates. La blockchain permet donc d’assurer la traçabilité du produit et d’en assurer l’origine.

 

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La blockchain est donc intéressante dans le cas de transferts d’actifs ?

 

Tout à fait. Quand un produit ou un lot passe de main en main, on doit pouvoir dire qui est responsable à chaque instant. La blockchain peut intégrer les informations liées à ses transactions mais aussi contenir et appliquer les règles de gestion communes sur lesquelles se sont entendus les participants. On parle alors de smart contract, ou contrat autonome, un cloud informatique piloté et mis sous contrôle de la blockchain.

 

Revenons sur notre exemple de supply chain. Si, dans la blockchain, nous avons inscrit un smart contract alimenté par des capteurs, qui stipule que le lait doit être transporté à une température inférieure à 15°C et que nous identifions que, dans un maillon de la chaîne, la température a dépassé les 20°C, alors le smart contract va automatiquement stopper la réception de la commande et potentiellement appliquer des pénalités.

Le smart contract joue en quelque sorte un rôle de juge de paix.

Comme le smart contract n’est pas sous le contrôle d’un des participants mais intègre des règles communes, il joue en quelque sorte un rôle de juge de paix. C’est d’ailleurs pour ça que l’on parle de décentralisation : ce sont les protocoles de la blockchain qui vont s’assurer des règles.

 

En résumé, quels que soient les industries et les types de contrats, on voit toujours les mêmes grands types d’usages pour la blockchain :

  1. La traçabilité et l’auditabilité. Chaque transaction inscrite dans la blockchain est irrépudiable, authentifiée et authentique, puisqu’on peut identifier celui qui a émis l’information. Après, ce n’est pas parce qu’une information est inscrite dans la blockchain qu’elle est vraie, il faut aussi faire confiance à l’émetteur.
  2. Le transfert d’actifs. La blockchain permet d’acter le fait qu’un jeton (token) ou une marchandise change de main. Bien sûr, l’opération peut se réaliser sans blockchain, mais on fait alors confiance à une banque, il s’agit donc d’un processus centralisé.
  3. L’automatisation des processus. Avec les smart contracts, il est possible de mettre des règles de gestion complexes. Par exemple, dans le cas d’une levée de fonds sur la blockchain, un smart contract peut gérer la règle qui régit le processus de rétribution des participants.

 

Quels exemples de déploiements effectifs pouvons-nous citer ?

 

J’ai envie de citer un premier exemple dans le tourisme, pour montrer que la finance n’est pas le seul secteur concerné.

 

Quand on commande une chambre d’hôtel sur Internet, ce sont jusqu’à cinq intermédiaires qui peuvent être sollicités (le site Internet, l’agence de voyage, la chaîne d’hôtels…). Chacun de ces acteurs enregistre les transactions sur son propre SI, ce qui peut amener à des erreurs ou des problèmes. Et, quand ces erreurs dépassent un certain seuil, il faut entamer un processus de réconciliation, c’est-à-dire que chacun va reprendre ses transactions et vérifier manuellement dans son système pour identifier l’origine du problème et donc l’identité de celui qui va en assumer le coût. Sachant que jusqu’à 5% des transactions dans le secteur du tourisme peuvent être problématiques, cela représente des milliards et des milliards de dollars.

 

Webjet, une société australienne, a eu l’idée de développer avec Microsoft un smart contract commun à tous les acteurs de la chaîne et qui permet de capturer les erreurs potentielles très en amont, et donc de les éliminer au plus près du moment où elles interviennent. Cela permet d’éviter les réconciliations et les coûts associés. Et ça fonctionne : grâce à la blockchain, ils ont éliminé 90% des litiges en capturant les erreurs très tôt dans le site.

La blockchain va transformer la gestion des programmes de fidélité.

Autre exemple, toujours dans le tourisme, mais qui touche cette fois au transfert d’actifs : avec le support de Microsoft, Singapour Airlines gère ses programmes de fidélité via la blockchain. En fait, ils attribuent des miles sous forme de monnaie électronique qu’il est possible de dépenser auprès de partenaires simplement en scannant un QR code.

 

Nous pouvons aussi évoquer Maersk, un spécialiste de l’assurance maritime. Dans ce secteur, les processus de calcul de prime et de paiement sont très complexes et dépendent de beaucoup de facteurs : type de bateau, équipage, entretien, trajet, passage dans des zones à risques… Beaucoup d’acteurs participent à ce processus (assureur, réassureur, affréteurs…), pour partager les données de manière précise et transparente entre tous ces intervenants, Maersk a imaginé Insurwave, une solution blockchain qui donne une visibilité en temps réel de l’emplacement, l’état et la sécurité des actifs de grande valeur se déplaçant partout dans le monde. Grâce à cette visibilité, l’assureur peut aussi concevoir des polices précises et dynamiques, à des prix justes.

 

Mais nous pourrions citer bien d’autres exemples, liés à la traçabilité, la sécurité, la gestion de registres…

 

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Finalement, tous les secteurs d’activités sont concernés par la blockchain ?

 

Tout à fait. Le secteur de la finance est en avance, car ses acteurs ont commencé à s’intéresser au sujet dès 2015, voire avant. A cette époque, les banques avaient déjà des cellules de veille technologique et elles entamaient leurs premiers POCs.

 

Mais aujourd’hui, on voit de plus en plus de cas d’usages liés à des supply chains alimentaires et pharmaceutiques. Ce sont des projets qui touchent à des enjeux de santé publique importants, avec de gros besoins en traçabilité et en auditabilité imposés par la loi.

Les entreprises sont-elles bien informées sur le sujet ?

 

Je dirais que oui. Des sociétés comme Blockchain France font un travail d’évangélisation, aussi bien juridique que technique ou métier. Les grands groupes ont déjà quasiment tous lancé des POCs ou, a minima, s’intéressent au sujet. Malgré tout, il y a encore assez peu de vrais projets à l’échelle donnant des résultats métiers.

 

En fait, même si la technologie blockchain a déjà 10 ans, elle n’a commencé à pénétrer dans les entreprises que fin 2015, avec l’arrivée des smart contracts, d’Ethereum (protocole d’échanges décentralisés permettant la création de smart contracts ; NDLR), ou d’Hyperledger, une blockchain conçue pour l’entreprise et poussée par IBM… Nous n’en sommes qu’au tout début du sujet.

 

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Quels sont les freins qui pourraient ralentir le déploiement de la blockchain dans les entreprises ?

 

L’écosystème est encore relativement immature, et on trouve encore assez peu de compétences blockchain, c’est-à-dire des architectes ou des développeurs ayant compris comment tirer parti de la blockchain.

 

La blockchain, souvent, ne représente que 10% d’un projet. Cela veut dire qu’elle doit être inclue dans un environnement plus vaste, s’intégrer aux systèmes d’identité et qu’il faut prévoir les interfaces qui vont permettre d’appeler la blockchain, qu’elles soient web ou mobile, qu’il s’agisse de chatbot ou de FTP… Autrement dit, il faut pourvoir intégrer la blockchain dans son SI de manière sécurisée, gérable, évolutive, maintenable dans un processus de développement agile…

En quoi Microsoft peut accompagner le déploiement de la blockchain dans une entreprise ?

 

Toutes les problématiques que nous venons de citer sont complexes à adresser, et c’est là que Microsoft intervient. Nous ne développons pas de protocole blockchain. Notre rôle est de faciliter la vie des entreprises, des développeurs, des architectes et de leur amener la capacité de déployer, de sécuriser, d’intégrer et de développer autour de la blockchain. Finalement, nous envisageons la blockchain comme une technologie parmi tant d’autres, que nous déployons sur Azure.

Microsoft est là pour démocratiser l’usage de la blockchain.

Nous sommes agnostiques sur le sujet. Nous travaillons avec différentes blockchains, pour différents cas d’usage. Même si, historiquement, nous faisons beaucoup de choses avec Ethereum, nous ne cherchons pas à imposer une technologie plutôt qu’une autre : sur Azure, nous avons des templates pour déployer Hyperledger, Quorum, Corda et d’autres. Azure sert alors de substrat technologique pour supporter l’infrastructure réseau et les serveurs qui maintiennent le registre. Et nous sommes en train de développer d’autres outils pour permettre aux entreprises de pouvoir encore davantage monter en charge sur le sujet blockchain.

 

Pour aller plus loin, ne manquez par la rediffusion de l’intervention de Marc Gardette lors de l’évènement Microsoft Experiences 18 :