INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

Copeeks : la jeune pousse qui cultive la donnée

C’est l’histoire d’une jeune pousse bretonne, qui plante des capteurs dans les champs et filme les animaux en élevage pour en tirer de la connaissance. Rencontre avec les deux co‐fondateurs de Copeeks.

 

Ces deux‐là ne se sont pas rencontrés sur les bancs de l’école, comme souvent les duos de start‐upeurs. Une génération les sépare. Il y a 4 ans, Léo Richer était encore le stagiaire de Gwenaël Le Lay. À l’époque, ils travaillent chez Orange au développement de solutions multimédias innovantes. Entre eux le courant passe, chacun trouvant en l’autre des manières de faire similaires, une culture commune du travail. C’est à ce moment‐là que Gwenaël Le Lay décide de lancer son projet dans l’agritech et d’y embarquer son jeune collaborateur. « Je suis petit‐fils d’agriculteur, j’ai passé énormément de temps en Centre‐Bretagne, dans l’exploitation de mon grand‐père, explique Gwenaël Le Lay. Je voyais que l’agriculture se transformait, devenait de plus en plus numérique. J’avais envie d’associer mes compétences techniques à cette culture familiale. »

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4 ans… et déjà deux pivots

Depuis son lancement en 2015, Copeeks a déjà beaucoup évolué. « À l’époque, nous avions réalisé un premier démonstrateur, explique Gwenaël Le Lay. Un industriel que nous avions rencontré cherchait une solution pour contrôler l’évolution des fleurs de haricots et ainsi prévoir la date de la récolte. » Les deux partenaires réalisent alors un premier équipement, capable de diffuser de la vidéo en direct. D’où le premier nom donné à l’entreprise : Smartagricasting.

Le boîtier de Copeeks capte les données qui sont ensuite analysées et visualisables sur une simple tablette.

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Un équipement plus robuste et mieux adapté au milieu agricole

La première version du capteur présente plusieurs défauts pour le milieu agricole, comme des problèmes d’autonomie et d’accessibilité au réseau. Le projet repose d’abord sur de la vidéo. Mais rapidement, les entrepreneurs s’aperçoivent que le volume de données est trop important. Ils décident alors de se concentrer sur la photo. C’est le premier pivot de cette toute jeune entreprise.

D’une solution de monitoring à un outil d’analyse

Dans un premier temps, leur seul objectif est de proposer une solution de monitoring, capable de collecter des données et de gérer la charge. Ensuite, les agriculteurs ou les industriels devaient y apporter leurs compétences métier. Mais en 2017, ils décident d’introduire eux‐même de l’intelligence artificielle dans leur produit. « Nous avions bien sûr envie, à terme, de faire de l’analyse de données nous‐mêmes, explique Gwenaël Le Lay. Mais nous cherchions les bons partenaires. L’objectif était d’être en mesure d’apporter du conseil aux agriculteurs. »

Les deux porteurs de projet rencontrent alors les équipes de Microsoft à l’automne 2017, lors du salon de l’élevage Space, à Rennes. Ils découvrent à cette occasion les services cognitifs et notamment l’outil Custom Vision, qui réalise de l’analyse d’images. C’est le début d’une collaboration gagnant‐gagnant.

Nous avions besoin d’une solution d’analyse d’image simple, qui ne nécessite pas d’avoir en interne des compétences de data scientist. Et nous avions deux années entières de données récoltées, ce qui intéressait les équipes de Microsoft.

En effet, l’intelligence artificielle nécessite des volumes très importants de données pour exister et être performante. Et l’agriculture commençait à devenir un axe de développement très important pour Microsoft. De son côté, Copeeks commence alors à profiter du potentiel d’innovation des technologies Microsoft. Grâce à tout l’accompagnement offert par l’entreprise, la start‐up passe un nouveau cap.

C’est à cette époque que Léo Richer est officiellement associé dans l’aventure, à l’issue de ses études. Depuis, Copeeks a pu réaliser une levée de fonds de 230 000 €. Elle a également recruté deux nouveaux collaborateurs : une commerciale et un responsable des systèmes embarqués.

Analyse d’images, au sein d’un élevage bovin

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Une solution clés en main à intégrer à la ferme

Désormais, Copeeks propose un équipement de pointe, lié à de nombreux services. En effet, les données collectées sont immédiatement analysées, grâce aux services cognitifs de Microsoft, pour en tirer des informations précieuses. « Nous proposons un service de bout en bout aux agriculteurs et aux industriels, pour les aider à mieux gérer leur ferme et à améliorer la qualité des produits », se félicite Gwenaël Le Lay. « Nous avons aussi fait évoluer notre outil afin qu’il puisse fonctionner avec tout type de réseau. Nous avons rendu l’acquisition des données très robuste », indique Léo Richer. Le cœur de l’équipement ? Ils en conservent jalousement le secret

Nous confions désormais certaines parties à des industriels, mais nous gardons la maîtrise totale du design. Nous sommes encore en avance de phase par rapport à nos concurrents !

« Grâce à l’analyse de ces données, réalisée en temps réel, on est en mesure de connaître l’ambiance d’un élevage ou de savoir quand il faudra récolter des haricots par exemple », précise Léo Richer. Une fois analysées, les données sont visualisables grâce à une application.

« L’intégration de Copeeks au programme Microsoft for Startups nous a d’abord permis de profiter des fonctionnalités du cloud Azure et d’intégrer rapidement des solutions clés en main d’analyse d’image. Depuis, c’est toute l’infrastructure de Copeeks qui tourne sur Azure. Cela nous permet de gérer la charge liée aux millions de contenus (photos, vidéos et data) collectés tous les jours. Ce programme a aussi été pour nous l’opportunité de rencontrer de nombreux acteurs de l’agritech française. Nous participons en effet a de nombreux salons en compagnie des équipes de Microsoft, » ajoute‐t‐il.

De nombreux clients dans l’agro-alimentaire

La solution est particulièrement intéressante pour la filière, car elle permet de détecter les causes de problèmes qui, jusqu’alors, semblaient insolubles. « Dans certaines exploitations, les éleveurs constatent que des animaux tombent malades mais ne comprennent pas pourquoi. Grâce à notre solution, ils peuvent comprendre quels sont les paramètres responsables : un niveau de gaz trop élevé par exemple. »

Parmi leurs clients, les deux associés comptent de très nombreux groupements agricoles et des grandes entreprises de l’agro-alimentaire. Pour eux, Copeeks répond à deux objectifs différents :

- Les entreprises qui fournissent des produits ou des équipements agricoles peuvent désormais proposer du conseil à leurs clients. Un fournisseur d’alimentation pour les animaux par exemple, sera en mesure d’expliquer à l’éleveur quel type de nourriture donner à quel moment à ses animaux.

- Pour les groupements et les entreprises de l’agro-alimentaire, l’objectif est plutôt d’assurer au consommateur final que les produits sont de bonne qualité. Ils valorisent ainsi les efforts fournis par l’agriculteur en début de chaîne. Se faisant, ils répondent aux préoccupations sociétales grandissantes concernant la traçabilité des aliments et le bien‐être animal.

La prochaine étape ? Conquérir directement le marché des agriculteurs. « Nous avons de nombreuses étapes à franchir ensemble avant cela », explique Gwenaël Le Lay. En effet, il leur faudra d’abord réduire leurs coûts. À l’heure actuelle, le ticket d’entrée est encore trop élevé pour un exploitant. Ensuite, simplifier la visualisation des données, l’expérience utilisateur de l’application. Et enfin gagner leur confiance.

« Les agriculteurs, les éleveurs en particulier, sont souvent inquiets quand on leur propose d’installer une caméra chez eux. Ils craignent toujours les intrusions militantes par exemple. Nous leur garantissons bien sûr qu’ils maîtrisent totalement leurs données, qu’ils peuvent les effacer. Nous signons des non‐disclosure agreements (NDA). Mais pour l’instant, nous préférons passer par des tiers de confiance que sont les groupements agricoles pour commercialiser notre solution. »

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De nombreux recrutements à venir

Deux nouveaux commerciaux devraient intégrer l’équipe d’ici à la fin de l’année 2019. « Si nous choisissons à l’avenir de nous adresser directement à la cible des agriculteurs, il nous faudra probablement développer encore plus notre équipe commerciale », indique Gwenaël Le Lay.

Les deux associés ont à cœur de maintenir au sein de l’équipe ce qui fait l’ADN de Copeeks. « Oui, on est dans une dynamique start‐up. On va vite, on met en place des process. Mais on est aussi très humains : tout part toujours de demandes de nos prospects. On les écoute beaucoup. Et surtout, on ne s’impose pas d’interminables tunnels de développement pour rien : tout ce qu’on a produit jusqu’à présent est utile », ajoute ainsi Léo Richer.

« L’agriculture française est très compétitive et offre des productions de qualité, mais son coût est fortement lié à la taille des exploitations et à la main d’œuvre nécessaire pour les faire fonctionner. Dans les prochaines années, les exploitations seront moins nombreuses mais beaucoup plus grandes, ce qui va nécessiter de déléguer certaines tâches récurrentes et coûteuses en temps humains, à des outils numériques (caméras, capteurs, robots). Nous espérons être, d’ici à une dizaine d’années, un outil de référence dans des milliers d’élevages et de parcelles qui collectent et analysent in‐situ de nombreuses données pour piloter les productions, » conclut Gwenaël Le Lay.