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INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

« Demain, ce sera la machine qui demandera un feed-back à l’humain » André Brunetière / CEGID

Partagez les réflexions de ceux qui font entrer l’innovation dans les entreprises avec cette série d’interviews d’acteurs-clés du digital.

 

André Brunetière est le directeur R&D et product management de CEGID, un éditeur français de solutions de gestion pour les métiers de la comptabilité, de la finance et de la fiscalité, de la paie et des ressources humaines ainsi que du retail. Lentreprise accompagne notamment la transformation digitale des TPE.

 

André Brunetière

Directeur R&D et Product Management, CEGID

Les TPE sont-elles en voie de digitalisation ?

 

André Brunetière : Nous notons effectivement un intérêt grandissant des TPE pour le numérique, depuis un an et demi environ. Jusque-là, elles avaient tendance à utiliser la technique de la « boîte à chaussure » : on y empile toutes les factures et on donne la boîte chaque mois à son expert-comptable ! Or, on sent aujourd’hui une nette volonté de digitalisation. D’ailleurs, chaque mois près de 5000 nouvelles TPE souscrivent à nos services de gestion digitale. Nous venons de passer le cap des 200 000 TPE connectées.

Comment expliquer cette accélération de la digitalisation des métiers de la comptabilité dans les TPE particulièrement ?

 

Les experts-comptables savent bien que l’approche traditionnelle de leur métier, centrée sur le papier, va disparaître. De plus en plus d’échanges B to B mais aussi B to C se font désormais sous forme digitale. Dans le e-commerce, il n’y a déjà plus de papier. Plutôt qu’une digitalisation a posteriori — par exemple en scannant une facture — ce sont de plus en plus les sources elles-mêmes de l’information qui sont digitales. L’accélération de ce phénomène, conjuguée à la volonté des experts-comptables, conduit à une mobilisation importante des TPE sur la question.

 

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Quelles sont d’après vous les autres domaines où l’accélération numérique va se faire sentir ?

 

Grâce à l’intelligence artificielle et dans la suite logique de cette digitalisation, nous allons arriver à une situation où une personne devant son device n’aura plus à saisir d’information, ni à utiliser son clavier. L’information aura été capturée en amont par des flux nativement digitaux ou via une intelligence artificielle qui l’aura décryptée. On sait depuis vingt ans déjà reconnaître des caractères sur le papier, mais aujourd’hui on peut reconnaître un mot, son sens et ainsi reconstruire une information digitale porteuse de sens et interprétable en gestion. Ceci, sans qu’aucun être humain n’ait posé les mains sur un clavier ! C’est ça, la suite de la révolution digitale.

En termes de productivité personnelle, nous allons faire un saut énorme dans les deux ou trois ans à venir.

Il y a un autre sujet qui concerne le dialogue entre ordinateur et utilisateur. Jusqu’à présent, celui-ci était formaté : si vous ne tapiez pas la bonne information au bon endroit dans la bonne syntaxe, vous n’obteniez pas de réponse. Ce sera bientôt terminé. L’emploi du langage naturel entre l’humain et la machine devient la norme. Les chatbots en sont un bon exemple.

 

Aujourd’hui, sur un écran, vous avez encore majoritairement des données et dans un petit coin un chatbot avec qui discuter. Demain, le rapport sera inversé : l’essentiel de l’interaction se passera avec le chatbot. On lui posera une question en langage naturel — « Quel mon chiffre d’affaires du mois de janvier sur les baguettes complètes ? » — et il y répondra, sans qu’on ait besoin de chercher dans un tableau Excel.

 

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D’après vous, ces technologies fondées sur l’intelligence artificielle doivent-elles être transparentes ou non ?

 

Je vous ferai une réponse nuancée. Lorsque l’on a affaire à un chatbot, on sait bien que ce n’est pas une personne de chair et d’os. Il ne me semble donc pas utile de multiplier les avertissements. En revanche, il existe d’autres usages où la question se pose. C’est le cas notamment dans le domaine de l’analyse des données et de l’analyse prédictive, et particulièrement dans la prédiction du comportement humain. Je pense par exemple aux métiers du marketing lorsqu’il s’agit d’analyser les tendances du marché, les désirs d’achats, etc. Là, des mises en garde seront nécessaires je crois :

« Il n’y a plus assez de différence entre la prédiction
et le conditionnement. » – André Brunetière

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C’est le cas par exemple lorsqu’on prédit une tendance, que tout le monde se met alors à appliquer, alimentant ainsi la prédiction, jusqu’à ce qu’elle s’effondre éventuellement. C’est en effet le genre de phénomène qui peut conduire à des rejets violents.

Quelle est la technologie qui vous a le plus marqué ces dernières années ?

 

C’est difficile de vous répondre, elles arrivent toutes en même temps et de partout ! Mais je dirais le groupe de technologies qui concerne la reconnaissance de l’humain : compréhension du langage naturel, reconnaissance vocale et faciale. On a tous ça dans nos smartphones !

Ces technologies associées au machine learning et à une logique de cloud, sont en train de nous construire un partenaire qui nous comprend de mieux en mieux.

La technologique va devenir un partenaire qui, par la fréquence des contacts et la capacité à agglomérer des données, saura nous lire mieux que quiconque et même mieux qu’un humain, puisqu’il aura une connaissance approfondie de nos émotions et des facteurs qui les influencent. Ça peut être très inquiétant mais c’est aussi très intéressant… Et je me demande ce qu’on nous allons faire de ces technologies.

Quelles sont d’après vous les technologies à suivre dès aujourd’hui ?

 

J’en citerai une : le machine learning, soit cette capacité à progresser que sont en train de développer les machines à partir du feed-back humain. Je crois qu’il faut y prêter une grande attention.

 

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Comment imaginez-vous l’activité de CEGID dans cinq ou dix ans ?

 

Une chose est claire : nous serons toujours fournisseur de solutions de gestion pour les entreprises ! En effet, il y aura toujours des entreprises, toujours des besoins de gestion et donc toujours des entreprises pour proposer des solutions. En revanche, le visage de nos produits aura peut-être changé. Nos solutions sont nées à un moment où il y avait énormément d’interaction entre l’humain et la machine, à l’initiative du premier. C’est l’humain en effet qui traitait, saisissait, lançait sa requête, etc. Demain, il est possible que ce soit l’inverse : ce sera la machine qui gérera, informera et demandera un feed-back à l’humain.

Quels conseils donneriez-vous à une entreprise qui se lancerait aujourd’hui dans un déploiement technologique ?

 

Paradoxalement, je leur dirais « faites le moins de technologies possible » ! Il y a beaucoup d’acteurs qui font les choses très bien, il faut s’appuyer sur eux. C’est d’ailleurs un conseil que nous appliquons chez CEGID : concernant l’intelligence artificielle, nous nous sommes positionnés sur l’usage, pas sur la création de la technologie. Nous ne voulons pas réinventer la roue mais rouler avec une bonne roue !

 

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