INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

À la rencontre des militants d’une IA plus inclusive

Biais algorithmiques, transparence des algorithmes publics ou codage d’intelligences artificielles plus représentatives… Les enjeux de l’inclusion dans le numérique sont nombreux. Une nouvelle génération de développeurs s’en empare, militant pour changer le monde de l’entreprise et, plus largement, la société.

L’inclusion est‐elle l’avenir de l’intelligence artificielle (IA) ? À l’école IA Microsoft, on y croit dur comme fer. Inaugurée il y a un an, en partenariat avec Simplon, l’entreprise sociale et solidaire de formation au numérique fait déjà office de fleuron dans le domaine.

« Les « bootcamps » pour développeurs américains, c’était l’idée révolutionnaire qu’on pouvait apprendre tous ensemble avec juste son ordinateur. Ça a ouvert le champ des possibles en termes de formation », raconte Louise Joly, directrice de l’école. C’est cette philosophie qui sous‐tend le projet. Il n’y a pas de pré‐requis de diplôme : des personnes n’ont pas le baccalauréat, une élève a un bac +5… »

 

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Mettre le code entre toutes les mains

Résultat : « On a une grande diversité d’élèves, avec des backgrounds très riches. C’est en effet intéressant, car on retrouve l’IA dans des secteurs très variés. Les 24 personnes de la promotion, entre 19 et 39 ans, peuvent se nourrir mutuellement de leurs expériences passées. » Sept mois de formation intensive, un an en contrat de professionnalisation avec l’objectif de démocratiser le code.

Mounir Mahjoubi, Secrétaire d’État chargé du Numérique, a reconnu l’utilité de cette initiative : « L’école IA Microsoft montre que le numérique est un outil incroyable pour l’inclusion et la croissance. » Louise Joly reprend : « Nos étudiants sont des ovnis dans le monde de la tech. Les écoles de data sciences brassent les mêmes publics. Quant à nous, on veut faire en sorte que les métiers de l’IA se diversifient. En effet, nous formons donc des profils complémentaires. » Dans les métiers de l’IA, les femmes représentent 12 % des chercheurs. En termes d’inclusion, c’est dramatique quand on sait que ces technologies se paramètrent selon nos biais.

D’autant qu’il y a beaucoup de chemin à faire concernant l’inclusion. « Dans les métiers de l’IA, les femmes représentent 12 % des chercheurs. En termes d’inclusion, c’est dramatique quand on sait que ces technologies sont paramétrées selon nos biais. » Une étude menée l’an dernier par le MIT mettait en lumière le problème de la reconnaissance faciale, qui atteint un taux d’erreur de 35 % pour les femmes noires — 1 % pour les hommes blancs. Ou encore la revue Science, qui expliquait en 2017 que les outils de traitement du langage associent souvent prénoms féminins et activités familiales. « C’est d’autant plus intéressant d’avoir une diversité sociologique et de genre ! », explique Louise Joly.

La prochaine promotion, qui intégrera en mars le campus de Microsoft, à Issy‐les‐Moulineaux, est « composée à 80 % de femmes ». Un défi lancé par l’entreprise, et réussi haut la main par l’équipe pédagogique. Comme l’indique fièrement Louise Joly : « Cette année, les femmes ont candidaté en masse car nous leur avons tendu la main. » Bouche‐à‐oreille, partenariat avec Pôle emploi, séances d’information menées par Simplon… En tout, 200 candidats ont souhaité intégrer la formation 2019.

 

Guide de survie de l’Intelligence Artificielle

Qu’est-ce que l’intelligence artificielle ? Au‐delà du « buzzword », quelle capacité a‐t‐elle à changer votre quotidien, votre business, votre vie professionnelle et celle de votre collaborateur ?

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Mener des projets innovants

De leur côté, les étudiants de la première promotion commencent progressivement à s’insérer sur le marché du travail. Ainsi Nisha, ancienne professeure des écoles qui a changé de cap. « J’ai eu le déclic en voyant que beaucoup d’élèves avaient des difficultés et qu’on n’avait pas les moyens pour les aider. Je me suis dit : pourquoi ne pas appliquer l’IA dans l’éducation, pour offrir une pédagogie adaptée aux besoins de chacun ? ».

Comme elle, Achille, étudiant du même groupe, pense pouvoir « agir à son niveau ». À 25 ans, ce touche‐à‐tout — taille de pierre, bénévolat pour la Croix‐Rouge, Fab Lab dans l’électronique… — a pu intégrer la formation sans le moindre diplôme. Maintenant, il travaille dans la robotique. Achille se souvient d’un projet : « Lors d’un hackaton, on avait extrait des informations de Pôle emploi et réutilisé leurs données qui linkaient des compétences‐clés à des métiers. À partir de ça, on avait codé un chatbot fait pour les femmes. Il extrayait des mots‐clés dans la conversation avec elles et leur proposait une orientation professionnelle adaptée. C’était fait pour sensibiliser aux métiers où elles sont peu représentées. »

L’idée du numérique comme vecteur d’inclusion fait son chemin. Les entreprises s’ouvrent peu à peu à des publics différents et les initiatives de formation se multiplient. L’association Permis de vivre la ville a ainsi lancé le chantier d’insertion « Tremplin numérique » en 2011. Elle a permis la formation au numérique de jeunes issus de quartiers populaires. « Ils sont opérationnels en réalisation d’hologrammes, tournage en VR, programmation en Java... », raconte Marcela Perez, coordinatrice de l’association.

Selon une étude de l’entreprise DELL, 85 % des emplois qui seront exercés en 2030 restent à inventer. L’avenir est à l’inclusion et aux profils qui, dans le domaine de l’IA, ou plus largement du numérique, ont une voix à faire entendre.