L’intelligence artificielle au cinéma : mythe ou réalité ?

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE
Temps de lecture : 7 minutes

Popularisée grâce au cinéma, l’intelligence artificielle est entrée dans notre langage courant, synonyme d’innovation, de révolution des usages et… des pires craintes. De quoi est réellement capable l’intelligence artificielle ?

L’intelligence artificielle s’est fait une place dans notre quotidien. Mais dans les films et séries que nous regardons tous, elle prend souvent des formes et proportions toutes autres. Ces IA-là ont des formes humanoïdes, des sentiments, une conscience… et au bout d’un temps, on perd souvent le contrôle et le rêve se transforme en cauchemar. Cela tient-il vraiment du mythe, ou y a‑t-il une part de réalité ?

Pour dénouer le vrai du faux, nous sommes allés poser quelques questions à Damien Cudel, en charge de l’équipe des Architectes Cloud Data & IA chez Microsoft France.

Mythe n°1 : l’IA est capable de se faire passer pour un humain

Dans le film de science-fiction Ex Machina, un programmeur doit tester une intelligence artificielle. Cette dernière a le visage, l’apparence, un comportement et des façons d’interagir très humaines. On oublierait presque qu’il s’agit d’une intelligence artificielle.

Pour Damien Cudel, la réalité est plus modérée. « Les IA sont capables de faire ce que font les humains aujourd’hui, mais uniquement sur des tâches extrêmement simples », explique-t-il. Comme le répète le chercheur en Intelligence Artificielle Andrew NG, « tout ce qui demande moins d’une seconde de réflexion à un humain » peut être automatisé. Le modèle GPT‑3, par exemple, est capable d’écrire des articles grâce aux instructions qu’on lui donne, mais il n’y a pas là la moindre réflexion. Il s’agit juste de la simple répétition de patterns identifiés dans la distribution des données qui ont servi à construire GPT‑3. « Même lorsqu’une IA semble faire preuve d’empathie comme le chatbot Xiaolce développé par Microsoft et déployé en Chine, il ne s’agit que d’automatismes, explique Damien Cudel. Par exemple, elles ne font que reformuler notre phrase en intégrant des éléments issus du contexte conversationnel et de l’analyse des sentiments du locuteur ».

Pour le reste, les IA sont à la traîne. « Si l’on pose une question improbable à un modèle de traitement du langage naturel tel que GPT‑3, l’IA va tenter de donner une réponse, là où un humain saura identifier que cette question n’a aucun sens » illustre Damien Cudel. C’est même, aujourd’hui, un indice précieux pour débusquer une intelligence artificielle. Comme le souligne l’expert : « Les IA n’ont pas encore de bons sens, c’est très facile de les mettre en défaut, de dévoiler qu’il ne s’agit que d’un algorithme. »

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Mythe n°2 : l’IA a une conscience

Dans Ghost in the shell, Motoko Kusanagi est la première cyborg au monde ayant acquis une conscience. Ce n’est pas encore le cas chez les intelligences artificielles, « et ce, quels que soient les concepts philosophiques, psychologiques, moraux, spirituels associés à la conscience, qui reste un mot difficile à définir» rappelle Damien Cudel.

« Il serait intéressant toutefois de se poser la question des conséquences d’une telle affirmation, poursuit l’ingénieur. Si nous décidions demain d’attribuer l’étiquette « d’entité consciente » à une machine: devra-t-on lui donner des droits ? Aura-t-on vis-à-vis d’elle des obligations ? Devra-t-on prendre en compte son bien-être, son éducation ? Sans préjuger des réponses à ces questions et, à l’instar de ce que nous faisons en éduquant nos enfants, il est d’ores et déjà indispensable « d’éduquer » ces IA avec les valeurs et les principes éthiques que nous souhaiterions les voir posséder le moment venu. »

Or, à l’heure actuelle, aucun cadre législatif n’encadre les IA au niveau mondial. Pour y remédier, Microsoft a rédigé son propre code éthique. On parle d’IA responsable, selon six critères :

  1. Les IA doivent traiter tout le monde avec équité.
  2. Les systèmes doivent être inclusifs.
  3. Ils doivent être fiables et sécurisés.
  4. Les IA doivent être transparentes.
  5. La récolte des données doit être proportionnée.
  6. Les individus ont une responsabilité sur les IA qu’ils développent.

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Mythe n°3 : l’IA nous surpassera et pourra nous faire du mal

Un autre fantasme commun autour des intelligences artificielles est leur intelligence, qui serait supérieure à la nôtre au point à terme de nous asservir, comme dans Matrix.

« Qu’une IA puisse nous vouloir du mal, suppose une volonté propre de sa part, ainsi que la capacité de différencier le bien du mal et donc, d’avoir un sens moral, réagit Damien Cudel. Or aujourd’hui, on est très très loin de tout cela. »

En revanche, poursuit-il « Si nous n’avons pas à craindre aujourd’hui les dangers d’une IA autonome et malfaisante, nous avons tout à craindre d’un danger actuel et bien réel : celui d’un mésusage de la technologie par l’humain. Mésusage qui conduit à discriminer des populations ou des individus, à enfreindre la vie privée, à mettre en place une surveillance généralisée, à créer et propager des fakes news. »

L’augmentation de la puissance de calcul de ces outils pose également d’autres questions légitimes. Par exemple : ne vont-ils pas être plus efficaces que nous au travail ? La thèse de la destruction créatrice de l’économiste Joseph Schumpeter vient, selon Damien Cudel, modérer cette idée reçue. Pour lui, cela nous amènera sûrement à redéfinir notre rapport au travail ou nos missions et à envisager un homme augmenté plutôt que remplacé. Il faudra, de plus, de nombreux employé(e)s pour développer ces IA. « Il y a un réel marché du travail dédié à l’IA par exemple, pour construire les modèles ou préparer les données d’apprentissage », indique-t-il.

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Mythe n°4 : l’IA nous connaît mieux que personne

Dans le film Her, le protagoniste fait connaissance avec une intelligence artificielle. Ce n’est qu’une voix, et pourtant : plus les jours passent, et plus il se sent compris par elle, mieux que par les « vraies » personnes qui l’entourent. « A ce jour, les IA ne sont capables que d’identifier et reproduire des patterns. Elles sont dans le registre du réflexe plutôt que celui de la réflexion, explique Damien Cudel. Lorsqu’on pense qu’elles nous connaissent, comme lorsque Netflix nous fait de bonnes recommandations, c’est uniquement parce qu’elles ont analysé nos choix précédents et les rapprochent d’autres personnes qui ont fait des choix similaires. » Les IA ne feraient donc qu’estimer la probabilité qu’un objet ou un contenu nous intéresse compte tenu de nos choix passés ou de profils qui nous ressemblent.

Les IA sont cependant, comme dans Her, déjà capables de prendre soin de nous. Un ingénieur de Microsoft a ainsi développé Seeing AI, une application mobile destinée aux personnes malvoyantes ou aveugles. Elle analyse leur environnement, et décrit oralement les scènes afin de les aider à visualiser la situation. Plus globalement, Microsoft a investi 40 millions de dollars dans l’IA au service de la santé dans le cadre de l’initiative AI for Health.

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Mythe n°5 : on pourra bientôt télécharger nos cerveaux sur une machine

Dans un épisode de Black Mirror, une femme décide de faire « revivre » son mari décédé dans un accident, par le biais d’une IA.

« Pouvoir externaliser sa conscience serait l’aboutissement d’un processus que Michel Serres désigne sous le terme d’exo-Darwinisme. Il consiste à augmenter l’être humain en externalisant ses fonctions corporelles et cognitives par le biais des nouvelles technologies. Ainsi, l’outil externalise et étend l’usage de la main ; l’écriture, celui de la mémoire. », indique Damien Cudel. « Mais cela reflète une idée fermement ancrée depuis longtemps dans la culture occidentale. Pour Descartes par exemple, notre esprit et notre corps seraient entièrement dissociables. »

Or, comme il le rappelle « à l’instar de l’IA pour laquelle le gros de l’effort déployé par les Data Scientists consiste à créer, à partir de données, des représentations de plus en plus élaborées et adaptées à l’objectif recherché (les spécialistes parlent de « Feature Engineering »), nos sens jouent ce rôle de construction des représentations du monde qui nous entoure, de pré-traitement à l’interprétation qu’en fait ensuite le cerveau. Notre représentation du monde est donc intimement liée à la façon dont nous le percevons : le travail ne commence pas dans le cerveau mais bien au bout de nos doigts, dans nos oreilles, etc. Dissocier le corps de l’esprit et donc, retirer ou changer ces étapes amonts, conduirait, selon moi, à perturber les étapes en aval et donc la conscience transplantée. La copie ne serait plus tout à fait le reflet de l’original. »

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Le futur de l’intelligence artificielle se niche dans une kyrielle de services

Les IA ne sont donc pas prêtes de rattraper la fiction pour le moment, même si des progrès sont indéniables. Et vu la fin de la majorité des films et séries sur l’IA, c’est une bonne nouvelle…. Damien Cudel estime d’ailleurs que même l’informatique quantique ne suffira pas à accéder à un tel degré de faisabilité. « L’hypothèse du rôle joué par des phénomènes quantiques dans l’émergence de la conscience fait l’objet de thèses controversées. C’est par exemple le cas de la théorie développée par le mathématicien et astrophysicien Roger Penrose. Mais, en l’état actuel des recherches, l’informatique quantique permet tout au plus d’envisager d’accélérer certains algorithmes omniprésents dans le domaine de l’intelligence d’artificielle. Des algorithmes dont on connait des versions quantiques apportant une accélération exponentielle par rapport aux versions classiques. Mais c’est un changement profond de paradigme dans l’approche de l’IA qui conduira à une véritable percée.  Un changement plus profond que la seule massification des moyens engagés, comme avec GPT‑3 par exemple. », dit-il.

Néanmoins, « sur certaines choses, la réalité a peut-être déjà dépassé le mythe, reconnait l’expert. L’IA souvent présentée comme futuriste et affaire de spécialistes est pourtant déjà largement démocratisée et déployée dans nos usages tant personnels que professionnels. La vision d’une Intelligence Ambiante défendue par Satya Nadella est déjà une réalité au travers d’objets toujours plus connectés, communicants et intelligents. Vous parlez déjà à un assistant personnel pour obtenir un service, vous faites déjà appel à l’IA pour améliorer les photos de vos smartphones, etc. Un projet comme Platform for Situated Intelligence de Microsoft va encore plus loin et facilite grandement l’intégration d’informations en provenance de plusieurs objets pour créer une expérience immersive dans laquelle la réponse de l’environnement s’adapte à vos actions. Ainsi, le projet « Third Generation Elevator » détecte l’approche d’une personne et déduit de sa démarche le fait qu’elle souhaite prendre l’ascenseur. On peut même croiser cette information avec ses rendez-vous pour l’amener au bon étage sans que la personne n’ait eu à réaliser une quelconque action », décrit Damien Cudel. Un futur proche sans doute moins vendeur pour le cinéma, mais beaucoup plus réaliste … et positif !

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