INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

Musique : l’intelligence artificielle et la puissance du cloud au service des compositeurs

L’intelligence artificielle va‐t‐elle faire disparaître la création musicale ? C’est une question qui agite souvent une industrie intimement liée aux progrès technologiques, en témoigne l’explosion de la création musicale grâce à la MAO (Musique assistée par ordinateur). Quelle place pour l’artiste dans un tel contexte ? Quels champs d’action possibles pour la technologie ?

 

Avec les nouvelles technologies, c’est un grand champ de possibilités qui s’ouvre. Si Beethoven et Mozart étaient dans la salle, ils utiliseraient sans doute un ordinateur pour composer !

 

C’est avec sa verve habituelle qu’André Manoukian, pianiste, compositeur et fondateur de la start‐up Muzeek, qui propose d’utiliser l’intelligence artificielle et la puissance du cloud pour démultiplier les compositions d’artistes humains, a ouvert la conférence à laquelle il participait dans le cadre de l’événement Microsoft experiences 18. Intitulée « Intelligence et émotion : la musique comme laboratoire du futur », elle a permis d’ausculter une industrie dont les rouages sont encore trop méconnus du grand public.

 

Animée par Carlo Purassanta, Président de Microsoft France, cette session était particulièrement attendue, et pas que pour les envolées du musicien star qui, en préambule, a offert à l’assemblée un petit cours d’histoire musicale assorti d’une sonate de Bach au piano. Autour de la table, François Ruault, chief marketing officer chez Devialet, start‐up spécialisée dans les innovations son, Julie Knibbe, co‐fondatrice de Music Tomorrow, anciennement directrice stratégie produit chez Deezer, et Yvan Boudillet, fondateur de The Lynk, ont échangé leurs points de vue sur les apports de la technologie en musique.

 

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Les robots doivent aider les musiciens, pas les remplacer !

 

Avec des points épineux rapidement soulevés : « faire faire de la musique par des robots pour éviter les droits d’auteur, c’est scandaleux. Les robots doivent aider les musiciens, pas les remplacer ! », s’est indigné André Manoukian, rejoint par Yvan Boudillet : « la technologie doit rester un outil d’accessibilité pour les artistes, pour ouvrir de nouvelles perspectives ». En effet, la question de la musique créée par intelligence artificielle déplacerait la notion de droit d’auteur, c’est-à-dire que ce ne serait plus l’artiste qui serait rémunéré, mais le créateur du programme d’intelligence artificielle – bien que le droit n’ait toujours pas tranché fermement cette question.

 

Le fondateur de The Lynk, accélérateur de projets dans l’économie créative, a ainsi retenu trois champs d’application de l’intelligence artificielle dans la création musicale : l’artiste augmenté, pour qui l’outil permet de démultiplier les capacités de création, le champ éducatif, pour mieux cerner les différentes phases de la création musicale, et la prescription, concept phare des nouveaux modes de consommation.

« La découverte est un enjeu crucial pour l’industrie de la musique, a d’ailleurs noté Julie Knibbe. Avant, c’était l’apanage des radios, qui programmaient environ 20.000 artistes. Aujourd’hui, avec l’explosion des plateformes de streaming, c’est plus de 5 millions d’artistes qui sont en découverte chaque semaine, notamment via les recommandations. »

Ces dernières sont en effet rendues possibles par des algorithmes de collaborative filtering.

 

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Quand la technologie restitue l’intention originelle de la musique

 

Mais c’est bien le sujet de la création qui a le plus animé les panélistes. Comme l’a remarqué François Ruault, « quand Microsoft crée la Surface Studio, il sert la créativité des artistes. Elle restitue l’intention originelle de la musique, car l’outil est aux mains de l’artiste, il n’y a donc plus d’intermédiaires, de techniciens. » Un point qui tient particulièrement à cœur d’André Manoukian, dont la start‐up a également pour objectif l’adaptation automatique des compositions générées par l’IA aux images qui leur sont soumises. « Cela permet aussi de faire revivre un métier disparu : le métier de documentariste sonore. Comme quoi, les robots ne font pas que détruire des emplois ! », souligne avec humour son fondateur.

 

L’occasion de faire découvrir à l’assemblée l’existence, pour aller plus loin, du très beau projet de Microsoft Research, Hands‐Free Music Project, qui permet à des artistes atteints de sclérose en plaques de composer des morceaux de musique grâce à leur œil. « Les chantiers thérapeutiques sont effectivement nombreux, souligne François Ruault. L’intelligence artificielle peut aider à spatialiser le son, mais également à comprendre comment il est perçu. » C’est notamment le cas de la digital room correction (DRC : un procédé acoustique par lequel des filtres digitaux améliorent les effets défavorables de l’acoustique d’une pièce), qui peut connaître de formidables avancées avec l’intelligence artificielle.

 

Et c’est d’ailleurs sur ces perspectives d’avenir que s’est conclue cette conférence, mais pas sans un petit morceau de musique improvisé par André Manoukian qui, après avoir recueilli quatre notes dans l’assemblée, a composé, au fil de son inspiration, une musique parfaitement originale.