L’Éducation à l’ère des lumières numériques

COLLABORATION
Temps de lecture : 6 minutes

Si le numérique transforme nos manières de travailler et de vivre, quel est son impact sur l’éducation ? Comment préparons-nous nos enfants à acquérir les compétences dont ils auront besoin plus tard ? Les réponses avec Laurent Schlosser, directeur de l’entité secteur public chez Microsoft France.

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Laurent Schlosser

Regulated Industries Director, Microsoft France

Comment les technologies transforment-elles le système éducatif et les pratiques pédagogiques ?

Pour envisager la question, il faut prendre un peu de recul. On constate alors que deux tendances se croisent. D’abord, le numérique est omniprésent dans tous les domaines d’activité et dans toutes les organisations. Donc, à ce titre, il se doit de rentrer dans les écoles. Depuis presque une dizaine d’années, les écoles, les collèges et les lycées ont donc commencé à s’équiper. Mais les débuts de l’informatisation des établissements n’ont pas entraîné de révolution dans les pratiques pédagogiques.

Celle-ci apparaît en effet dans un second temps, poussée par les changements constatés dans la société. Ces derniers sont suffisamment fondamentaux pour transformer les organisations. On parle ici de l’intelligence artificielle, de la réalité mixte ou du code par exemple. Le rôle des enseignants est de préparer les jeunes à entrer dans le monde du travail et à s’approprier les nouvelles compétences, appelées compétences du 21e siècle. Cela pousse donc les établissements à se transformer, à se réinventer.

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Où en est le système éducatif français en matière de transformation numérique ?

Quand on parle de transformation numérique de l’éducation, il y a en réalité trois étapes.

Étape 1 : équipement

Plusieurs plans d’équipements des établissements scolaires ont été déployés (avec la loi Peillon notamment), depuis une dizaine d’années. Des collectivités locales ont aussi pris en charge des acquisitions de matériel. Mais ces outils n’ont pas immédiatement été utilisés en classe, car les académies ne s’en sont pas pleinement emparées dans leurs scénarios pédagogiques, et pourtant l’un ne va pas sans l’autre ! Les débuts ont plutôt consisté en une sensibilisation à l’informatique donc. Le numérique représentait surtout une nouvelle source d’information, c’était une nouvelle bibliothèque à disposition des élèves. Mais depuis environ 5 ans, j’ai le sentiment que l’étincelle a pris.

Étape 2 : appropriation

On constate à présent que les enseignants cherchent à trouver des nouveaux usages de ces équipements. C’est la seconde étape. Cette tendance est poussée par l’adoption des usages numériques à la maison. Les élèves et les professeurs découvrent des scénarios pour travailler ensemble sur des documents, faire des devoirs à distance… Ils utilisent des outils comme One Note pour réaliser des prises de note collaboratives par exemple. Nous sommes actuellement dans cette phase, mais bien sûr les choses n’ont pas encore assez avancé. C’est l’enjeu des deux ans qui viennent. Il faut bien sûr former les professeurs et pour cela, le rôle des académies est essentiel. Mais nous avons aussi des progrès à faire en matière de contenus pédagogiques. En effet, aujourd’hui, encore ¾ d’entre eux sont en papier. Ceux qui sont numérisés sont des pdf statiques. On pourrait imaginer plus d’interactivité, de personnalisation…

Étape 3 : innovation

La France n’est pas encore prête à basculer dans cette troisième étape. Il s’agit d’adopter les grandes révolutions numériques actuelles : l’intelligence artificielle, la réalité augmentée, le code, auront des impacts majeurs sur les métiers et l’enseignement de demain.

La France a plusieurs atouts pour cela. D’abord, elle a fait un travail énorme pour développer ses infrastructures. Ensuite, nous avons beaucoup de professeurs très innovants qui jouent le rôle de leaders dans l’adoption des technologies dans l’enseignement,. Mais bien sûr l’Éducation nationale est une grosse organisation qu’on ne peut pas faire changer du jour au lendemain. C’est aussi un atout : on se pose les bonnes questions avant de se lancer !

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Quels sont les établissements les plus avancés à l’heure actuelle ?

Je pense que ce sont les écoles de commerce. Pas forcément les mieux classées, mais celles qui progressent et ont une envergure internationale. Le fait de disposer de plusieurs campus répartis dans le monde accélère le processus. Grâce au numérique, elles s’affranchissent de la géographie. Par exemple, elles peuvent faire bénéficier tous leurs campus des cours de leur professeur « star » en leur proposant des visio-conférences. Elles peuvent aussi régler leurs problématiques de langues, grâce à la traduction automatique et au sous-titrage.

Comment voyez-vous les prochaines évolutions ?

Je pense que deux grandes tendances vont les guider. D’abord, la démocratisation de l’intelligence artificielle rendue possible grâce au cloud. Là où hier chaque organisation avait ses propres moyens informatiques, on bascule aujourd’hui dans un monde où tout le monde peut acheter des capacités de stockage ou de calcul à la demande. Cela a des conséquences très importantes sur les organisations. Alors qu’auparavant on cherchait à automatiser les processus grâce au numérique, désormais avec l’IA, à partir des données, on peut par exemple construire des algorithmes pour prédire l’avenir. Si on comprend bien les révolutions à l’œuvre, on s’aperçoit qu’elles transforment radicalement les façons de travailler dans le monde de l’entreprise.

L’autre révolution en cours est celle du code qui se diffuse de plus en plus largement. Il permet à de plus en plus d’utilisateurs de s’emparer de l’informatique pour répondre à leurs besoins. Cette démocratisation a tendance à transformer nos méthodes de travail et à instaurer des méthodes plus agiles.

Ces deux tendances transforment la culture d’entreprise. Les collaborateurs du XXIe siècle doivent développer leur créativité, leur esprit critique, leurs capacités à collaborer et à apprendre. Nous sommes aussi passés d’une culture de la connaissance à une culture de la compétence. Le manager n’est plus forcément le plus expert, mais son rôle est d’être le coach qui permet aux collaborateurs de s’épanouir. Il crée le contexte au sein duquel les talents peuvent s’exprimer, où les nouvelles idées vont émerger. Cette mutation est en train d’avoir lieu dans le monde professionnel, je m’attends naturellement à ce qu’il y ait une transposition dans l’enseignement.

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Comment le rôle des professeurs va-t-il évoluer ?

Tout comme le manager du XXIe siècle n’est plus forcément le meilleur des experts, le professeur de demain ne sera pas forcément celui qui saura le plus mais celui qui guidera les élèves dans leur chemin d’apprentissage. On voit par exemple émerger des concepts comme celui de la classe inversée, dans laquelle le professeur s’apparente plus à un coach qu’à un sachant. Le Ministère de l’éducation s’est doté d’un nouveau référentiel qui met l’accent sur les compétences et non plus seulement sur les connaissances, pour les niveaux collège et lycée. Mais les choses évoluent lentement : la plupart des examens à l’heure actuelle consistent en un contrôle des connaissances.

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Quel rôle joue Microsoft dans ces transformations ?

Nous intervenons à deux niveaux :

-       Accompagnement technique

D’abord nous contribuons à fournir, installer, gérer et maintenir l’infrastructure de ces outils. Nous apportons notre savoir-faire en matière de gestion de parcs informatiques auprès des équipes techniques des collectivités locales et des établissements. Ces flottes nécessitent une attention toute particulière, car elles ont des spécificités. D’abord, chaque appareil passe d’une classe à une autre, il faut pouvoir tout remettre à zéro facilement. Ensuite, nous nous adressons ici à un public de mineurs en priorité, il faut donc garantir la sécurité de ces appareils. Gérer ces flottes est un enjeu majeur étant donné les volumes concernés : la France compte 14 millions d’élèves et 1 million de professeurs. Par ailleurs, ce domaine d’intervention est clé car si la base n’est pas robuste, les nouveaux usages ne pourront pas émerger.

-       Accompagnement aux usages

Depuis 4 ans, Microsoft anime un réseau d’enseignants innovants, baptisé Microsoft Educator Center (MEC). Ils y partagent des scénarios pédagogiques, mais aussi des contenus innovants dans leur discipline. La plateforme propose également des tutoriels vidéos pour apprendre à utiliser les outils numériques. De nombreux enseignants sont particulièrement innovants, ils utilisent de nouveaux outils comme Minecraft Education Edition. Par exemple, avec ses élèves, un professeur de technologie de Fougères (Île-et-Villaine) a reconstitué sa ville à l’époque du Moyen-Âge. Dans ce projet, les élèves font de l’histoire tout en apprenant le code, collaborent à une dizaine de classes. Cela leur donne un champ de créativité extrêmement large. Ils mêlent plusieurs disciplines comme la mécanique et les sciences de l’ingénieur pour bâtir le pont-levis, le Français pour faire parler les personnages, et notamment l’ancien français.

Nous avons aussi, sur le campus de Microsoft à Issy-les-Moulineaux, un local physique dans lequel nous recevons tous les jours un enseignant avec sa classe pour leur faire découvrir des scénarios innovants. Ils s’approprient des outils comme la réalité mixte par exemple.

Enfin, au niveau mondial, nous organisons le Microsoft Education Exchange chaque année. C’est un événement qui réunit jusqu’à une dizaine d’enseignants innovants pour chaque pays, ainsi que des représentants des ministères et chefs d’établissements. Ils participent alors à de nombreux échanges sur l’innovation dans l’éducation.

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