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Une brève histoire de la Blockchain et des cryptomonnaies

10 ans après la parution du fameux livre blanc de Satoshi Nakamoto, la Blockchain et son avatar le plus célèbre, le Bitcoin, ne cessent de faire parler d’eux. S’il a fallu attendre notre époque pour qu’elle devienne techniquement réalisable, cette technologie répond à une vieille ambition. Voici son histoire.

Dans leur livre Blockchain Revolution, paru en 2016 aux États‐Unis (non traduit en français), Donald et Alex Tapscott affirment que, loin de se cantonner à la sphère financière, la Blockchain est en passe d’amener des transformations profondes dans la plupart des secteurs de l’économie, de la santé aux transports, en passant par la protection de l’environnement et le monde de. Un constat partagé par de nombreux analystes, dont Marc Andreessen, investisseur historique de la Silicon Valley, qui voit dans la Blockchain l’invention la plus importante depuis l’Internet. La Blockchain est une base de données décentralisée et sécurisée, qui permet d’établir un registre des transactions réalisées. Elle peut ainsi être employée dans n’importe quel but, bien qu’elle soit connue en tant que support aux monnaies virtuelles.

La popularité de la technologie a été si fulgurante qu’on la croirait presque sortie de nulle part. Pourtant, l’idée d’un registre décentralisé pour assurer la sécurité des transactions ne date pas d’hier. Dans un papier de recherche, Chris Berg, économiste australien, relate ainsi l’histoire d’un système d’information décentralisé, conçu pour transmettre des messages diplomatiques et partageant de nombreuses similarités avec la Blockchain. Ce dispositif a été mis en place dans le royaume d’Ebla, l’actuelle Syrie, en -2340 avant JC. Il ne bénéficiait bien‐sûr pas des avancées technologiques sur lesquelles se base la Blockchain. Il était donc beaucoup moins performant, mais l’idée de base était déjà là. On parle d’un système d’information distribué et homogénéisé entre les différents membres du réseau.

 

Ebla, le berceau de la blockchain ?

Pour une monnaie décentralisée

 

L’idée de monnaies échappant à la tutelle de l’état, plonge ses racines loin dans le passé. Leur promoteur le plus célèbre est l’économiste autrichien Friedrich August von Hayek. Il propose la création de monnaies émises de manière privée. Ces monnaies sont soumises à la loi du marché et au principe de libre‐concurrence. Celles‐ci deviendraient selon lui rapidement plus stables et plus fiables que les monnaies étatiques. Considéré comme l’un des chefs de file du néolibéralisme, Hayek a inspiré les politiques de Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Au début du XXe siècle, le socialiste allemand Silvio Gesell se prononce en faveur d’une monnaie décentralisée qui se déprécierait avec le temps, afin de stimuler la consommation et d’empêcher l’accumulation du capital. À la fin du XIXe siècle, l’industriel Ernest Solvay va jusqu’à proposer la suppression pure et simple de la monnaie et son remplacement par une tenue légale des transactions.

 

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Mais jusqu’à l’avènement de la toile, toutes ces idées ne sont pas techniquement faisables demeurent lettre morte. Il faut attendre les débuts de l’internet pour voir émerger les premières formes de monnaies privées et décentralisées. En 1995, le cryptographe américain David Chaum lance Digicash, un système de paiement électronique décentralisé, intraçable et sécurisé. Le dispositif s’appuie sur un logiciel qui assure la sécurité des transactions à l’aide de clés cryptographiques. Digicash fait toutefois faillite en 1998. L’ingénieur informatique Nick Szabo imagine tout un système permettant le déploiement d’une monnaie digitale décentralisée baptisée bit gold, qui ne sera jamais mise en œuvre, mais dont le principe préfigure l’architecture du Bitcoin. Wei Dai, ingénieur informatique et cyberpunk, pose à la même époque les bases d’une autre monnaie digitale, baptisée B‐money, qui tout comme le bit gold demeure à l’état de projet.

circa 1950 :  Friedrich August von Hayek (1899 – 1992), who was awarded the Nobel Prize for Economic Science in 1974. (Photo by Hulton Archive/Getty Images)

L’avènement du Bitcoin

 

10 ans plus tard, en novembre 2008, tout bascule. En effet, un mystérieux internaute, au pseudonyme de Satoshi Nakamoto, publie, sur un fil de discussion consacré à la cryptographie, un livre blanc baptisé « Bitcoin – un système monétaire électronique de pair à pair (« Bitcoin – A Peer to Peer Electronic Cash System » en version originale). Au sein de la communauté, l’enthousiasme est immédiat. L’année suivante, le Bitcoin se déploie sous forme de logiciel libre. Le dispositif s’appuie sur la Blockchain pour permettre aux internautes de réaliser des transactions sécurisées de pair à pair. Ceci sans que l’intervention d’une tierce partie soit nécessaire pour garantir leur intégrité. C’est en 2010 que le tout premier achat en Bitcoin s’effectue : un internaute échange 10 000 Bitcoins contre deux pizzas. Au cours actuel, une telle somme équivaudrait à environ 70 millions d’euros : cela fait cher la pizza.

 

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Dès lors, les choses commencent à s’accélérer. Le Bitcoin ainsi que l’idée qu’il est désormais possible de concevoir des monnaies digitales sur la toile gagne en popularité. On voit ainsi apparaître de nouvelles cryptomonnaies promettant une vitesse de transaction accrue, un anonymat renforcé ou d’autres avantages. On compte aujourd’hui plus de 1 600 cryptomonnaies différentes.

En 2013, peu de temps après avoir atteint la valorisation record de 1 000 dollars (850 euros), le Bitcoin connaît un premier krach. Un an plus tard, des hackers mettent la main illégalement sur 850 000 Bitcoins. Après avoir connu des cours flamboyants, frôlant les 20 000 dollars (17 000 euros) en décembre 2017, le Bitcoin s’est aujourd’hui stabilisé autour de 8 000 dollars (6 800 euros), mais demeure bien plus volatile que la plupart des monnaies traditionnelles.

Au‐delà des cryptomonnaies

 

La Blockchain demeure jusqu’alors étroitement liée à la sphère financière. Tout change lorsque Vitalik Buterin constate que la Blockchain est seulement utilisé comme plateforme de déploiement des monnaies virtuelles. Il commence alors à travailler sur une Blockchain publique alternative (Bitcoin et consorts opéraient tous sur la même Blockchain). Baptisée Ethereum, elle voit le jour en 2015. Contrairement à sa consœur, elle permet de déployer des contrats intelligents, protocoles informatiques codés sur la Blockchain, qui ne se déclenchent que lorsque certaines conditions bien précises ont été réunies.

Ces contrats intelligents permettent d’imaginer un grand nombre d’applications potentielles. Parmi celles‐ci, ils peuvent s’utiliser dans le cadre d’un système de taxis autonomes, capables de facturer automatiquement leurs passagers. Ou encore pour accroître la transparence de la chaîne de valeur. Mais aussi faciliter le vote en ligne, lutter contre les « blood diamonds », voire, pour certains, changer le visage de l’entreprise en remplaçant une partie des managers. Pour que la Blockchain puisse véritablement transformer le monde, il est nécessaire de régler certains problèmes, notamment sa consommation énergétique. Une chose demeure cependant certaine : la technologie ne peut plus être considérée comme un simple hobby pour geeks ou un outil spéculatif.