Nourrir 10 milliards d’individus en 2050 : le grand pari de l’IoT agricole

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C’est l’un des plus grands enjeux de l’humanité. Selon un rapport publié par l’ONU en 2019, nous serons 9,7 milliards d’êtres humains sur la planète en 2050. Comment nourrir tout le monde ? Une partie de la réponse réside dans une agriculture plus efficiente et informée, portée par l’IoT agricole.

« L’agriculture a toujours été un sujet de recherche pour Microsoft, rapporte Xavier des Horts, responsable du développement commercial de la verticale Agritech . Nous avons même investi une ferme dans l’État de Washington, aux États-Unis, pendant 5 ans, où des ingénieurs de Microsoft, des agronomes, des ingénieurs télécom, ont développé des solutions. Ils ont mis au point des capteurs pour capturer les données des champs, les analyser, en tirer des cartes et construire un tableau de bord utile pour l’agriculteur. » Ainsi est né Farmbeats, une plateforme soutenue par le cloud Azure et dédiée à l’agriculture, lancée en 2019 par Microsoft.
Le futur de l’agriculture sera technologique. Les données permettent aux agriculteurs de mieux appréhender leur environnement de travail et les impacts de chaque élément qui influence les cultures. « Les données météo, d’humidité, de températures, d’ensoleillement… toutes ces données sont utiles pour suivre la croissance de ses plantes », énumère le spécialiste de l’agritech.

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25 % de ressources en moins pour 1 kg de poulet

Gwenaël Le Lay aussi parie sur une agriculture assistée par l’IoT. « Les surfaces cultivables diminuent et les ressources pour le faire également. Le numérique est l’un des leviers qui va permettre de mesurer précisément le besoin en eau, en intrants et de tout un tas d’éléments qui concourent à la production de nourriture, végétale ou animale. » Il est le fondateur de Copeeks, une solution tout en un qui consiste en un boîtier de collecte d’informations sous la forme d’images et de données de capteurs. « L’usage de nos équipements permet un suivi à distance des espaces de production agricole, tant dans le domaine végétal qu’animal », présente-t-il, avant de préciser : « aujourd’hui, 70% de nos activités sont en production animale ».

Grâce aux données récoltées sur le terrain, les agriculteurs peuvent sécuriser leurs productions, explique Gwenaël Le Lay. « Les éleveurs peuvent par exemple analyser le comportement des animaux dans l’espace de production et sécuriser l’environnement dans lequel ils vivent. Du côté des parcelles, les cultivateurs peuvent suivre l’arboriculture, comme par exemple la croissance de ses pommiers, ou suivre l’apparition d’insectes ravageurs qui ont un fort impact sur la production finale. » Les outils connectés mais aussi les caméras et images satellites assisteront ainsi l’agriculteur pour qu’il gagne en compétitivité. « Cela permet de réduire le taux d’incidents, de limiter les risques. Demain, pour produire un kilo de poulet, nous consommerons 20 à 30 % de ressources en moins, table-t-il, parce que nous éliminerons les fuites et nous disposerons de la nourriture au bon moment. »

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Interopérabilité de la donnée

Une agriculture optimisée, à condition que l’information soit lisible. « Aujourd’hui, les agriculteurs et les vignerons sont très technophiles », assure Xavier des Horts. Il faut néanmoins s’assurer de rendre les données « interopérables, de pouvoir les échanger », estime des Horts. « Nous voulons construire le tableau de bord le plus complet possible. » L’un des projets  construit sur Azure en collaboration avec plusieurs partenaires, est « Farm Connect ». « Avec un identifiant unique, l’utilisateur peut récupérer les données qui sortent du tracteur, de la machine agricole, d’un fournisseur de station météo. Il faut que l’ensemble des plateformes techniques parlent entre elles pour faire cette fusion des données. » Une donnée  facilement partageable mais qui reste tout de même « la propriété des agriculteurs et des vignerons », insiste Xavier des Horts. 

Pour accompagner les agriculteurs dans ce tournant numérique, « les coopératives agricoles changent de métier », observe le spécialiste de l’agritech. « Elles sont de plus en plus conseils auprès des agriculteurs pour analyser les données de terrain et améliorer les rendements. » Certaines start-up, comme Iteca dans le sud de la France, prend-il exemple, font ainsi des prévisions de rendement de cultures « assez géniales ».

Économiser la puissance de calcul

Autre atout dans la manche de ces défenseurs de l’agriculture assistée par le numérique, l’ « edge computing ». « La consommation énergétique liée au transfert d’informations est un enjeu environnemental, rappelle Gwenaël Le Lay. Aujourd’hui, les modèles utilisés sont  gourmands en puissance de calcul. Ils travaillent avec des environnements qui sont hébergés dans des data-centers,  qui contiennent beaucoup de serveurs. Avec l’edge computing, l’idée est qu’une fois la donnée recueillie , elle sera analysée en bordure de réseau, au plus près de son point de captation au travers de systèmes embarqués. »

Pour économiser de la puissance de calcul, et donc produire moins de CO2, la quantité de données émise vers le cœur du réseau va ainsi être limitée, explique-t-il. Pour mieux comprendre, il illustre le concept d’un exemple concret. « Dans une séquence vidéo de dix minutes, dix animaux sont en mouvement et huit sont couchés. Au lieu de transférer la vidéo, qui est une information lourde, la caméra va analyser la séquence, compter l’amplitude des déplacements des dix animaux en mouvements et indiquer qu’il y en a huit autres au repos. Cette information, composée de chiffres, va être transmise vers la plateforme Internet. La vidéo pourra ensuite être stockée ou détruite, puisque l’on aura valorisé l’information de cette séquence. »

Microsoft a également travaillé avec des fabricants de drones pour « les rendre intelligents », présente Xavier des Horts. « Plutôt que de remonter toutes les images pour les analyser dans un datacenter, le drone va envoyer uniquement les images des zones problématiques, là où il y a des problèmes d’irrigation, où il y a besoin de fertilisants. »

Une technologie qui facilite la mobilité des équipements et qui pourrait encourager l’avènement de la robotique dans le milieu agricole, « prochain levier en termes d’usage dans les espaces de production », prédit Gwenaël Le Lay. « Dans 30 ans, se prête Xavier des Horts à l’exercice de l’anticipation, on peut imaginer pouvoir piloter et disposer à partir d’un van  plusieurs robots / tracteurs autonomes pour travailler dans les champs, et limiter ainsi l’utilisation d’intrants . » 

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