Comment se former aux métiers de l’intelligence artificielle ?

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE
Temps de lecture : 7 minutes

Quels sont les métiers de l’intelligence artificielle ? Quelles compétences requièrent-ils ? Que recherchent les entreprises ? Réponses avec Louise Joly, directrice de l’Ecole IA près de Paris.

 

Le besoin de compétences en intelligence artificielle se fait de plus en plus sentir dans les entreprises. En effet, une étude a montré que 89% des entreprises françaises considèrent l’IA comme un levier pour renforcer leur capacité d’innovation mais son coût d’investissement reste une contrainte, de même que le manque d’experts en la matière. Engagée en matière d’égalité des chances, Microsoft s’est lancée dans un de ces paris incroyables et a ouvert en mars 2018 la première école d’intelligence artificielle pour les publics éloignés de l’emploi et qui n’ont pas forcément fait d’études à l’université, en partenariat avec Simplon.

 

Vingt-quatre apprenants de 19 à 39 ans ont intégré cette promotion sur le Campus d’Issy-les-Moulineaux pour un programme de formation intensive de 7 mois, suivi de 12 mois en contrat de professionnalisation, au sein d’entreprises partenaires de Microsoft. L’engouement est tel qu’une dizaine d’autres écoles IA vont voir le jour

Louise Joly, directrice de l’Ecole IA, nous dit tout sur l’enseignement qui y est dispensé, les bases et les qualités nécessaires pour travailler dans l’IA et les success stories.

 

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Quels sont les métiers de l’IA ?

 

Louise Joly : A l’origine, les métiers de l’intelligence artificielle relèvent plutôt de la data science ou des mathématiques. Encore récemment, ces métiers étaient réservés aux personnes qui sortaient de grandes écoles et d’écoles d’ingénieurs. Mais la situation a évolué. La puissance de calcul est plus grande, l’IA nous entoure de plus en plus au quotidien et le grand public est plus sensibilité à ces technologies. Et du point de vue business, les grands éditeurs, dont Microsoft, ont mis en place des outils qui permettent de simplifier le développement d’un produit IA : la plateforme Azure, les services cognitifs… Tout cela participe à la démocratisation des métiers de l’IA.

 

Nous avons toujours besoin de data scientists et de mathématiciens, mais avec la démocratisation des outils, il faut également des profils plus techniciens et plus opérationnels avec un background théorique, certes, mais aussi de solides compétences pratiques : de bons développeurs qui comprennent la logique de l’algorithmie, qui ont des notions en mathématiques, mais surtout qui maîtrisent tous les outils du marché pour pouvoir développer des IA . Par exemple, si un client veut un chatbot, il n’est peut-être pas nécessaire de construire l’algorithme du chatbot de zéro ; on peut utiliser un outil qui permet d’aller plus vite, des systèmes existants à personnaliser, et pour cela, on pourra miser sur un profil plus technique, capable d’utiliser les applications de développement du marché, sans pour autant devoir développer lui-même un algorithme complexe.

 

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Pour travailler dans l’IA, il ne faut donc plus nécessairement être surdiplômé ? Existe-t-il plusieurs niveaux de compétences ?


Dans la réalité du marché du travail, les entreprises de services numériques (ESN) ont des besoins IA qui ne nécessitent pas forcément des data scientists, et donc pas un niveau bac+5 en mathématiques à l’université, suivi d’une spécialisation en data science ou en machine learning. L’Ecole IA Microsoft vient donc combler un manque réel dans la formation, en proposant une formation « intermédiaire » plus ciblée et beaucoup courte. Il n’existe pas d’autre offre de formation en intelligence artificielle ce type sur le marché actuellement.

 

Le défi de notre école était dès le départ de partir de la demande des entreprises. Nous souhaitions nous adresser à des personnes qui comprennent la logique des langages de programmation, qui ont des notions en mathématiques et un niveau bac, pour leur transmettre en sept mois tous les prérequis nécessaires pour devenir technicien de l’IA. Cette formation professionnalisante et rapide leur permet de comprendre la logique de l’algorithmie, d’apprendre les deux langages principaux de l’IA (Pyhton et R) et d’aborder les grandes plates-formes de développement à travers un programme d’apprentissage intensif. Les élèves enchaînent ensuite sur douze mois de contrat de professionnalisation en entreprise pour approfondir cet apprentissage.

 

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À quels secteurs appartiennent ces entreprises et quelles sont leurs attentes concernant les profils de techniciens ?

 

La majorité des sociétés qui nous sollicitent sont des entreprises de services numériques de grande taille, ainsi que des compagnies d’assurance, de grandes entreprises des télécommunications, de la robotique. Cela semble montrer qu’un besoin existe dans l’ensemble des secteurs.

 

Certaines entreprises savent exactement quelles missions elles souhaitent confier aux apprenants qui vont entrer en contrat de professionnalisation chez elles. D’autres n’ont pas forcément conscience de ce besoin dans un premier temps, car elles ont l’habitude de recruter à bac +5, puis elles se laissent séduire par notre modèle car elles se rendent compte qu’il s’agit de nouveaux métiers et que, par conséquent, les profils changent.

En dehors des maths et du code, proposez-vous des enseignements plus généraux, qui relèvent par exemple des sciences humaines ?

 

Tout à fait. Nous commençons le premier mois par des maths et du code, puis une grande partie du temps est consacrée à la montée en compétences sur le machine learning, les réseaux de neurones pour le deep learning et les projets. Mais la spécificité de Simplon, l’organisme de formation rattaché à l’école , est de fournir un accompagnement socio-professionnel. Les apprenants bénéficient donc d’un suivi étroit pour la compréhension du monde de l’entreprise, avant même d’entrer dans l’entreprise. Ils participent à des formations sur la prise de parole en public, la présentation de leur projet professionnel, les « soft skills »… Par ailleurs, nous souhaitions que les apprenants soient immergés dans l’écosystème numérique de la région où se trouve l’école. Nous leur proposons donc des programmes de conférence, les incitons à visiter des lieux dédiés au numérique… Tout un travail, très important, se fait en dehors des heures de formation.

Concernant les soft skills que vous mentionnez, est-ce que certains traits de personnalité sont importants pour travailler spécifiquement dans le domaine de l’IA ?

 

Pour travailler dans les métiers du numérique, il faut en effet acquérir de nombreux soft skills, comme la capacité de travailler en équipe. Il est également nécessaire de bien maîtriser la gestion de projets, les méthodes agiles, le développement collaboratif. Nous encourageons par ailleurs les apprenants à développer leur curiosité et leur autonomie, car leurs connaissances peuvent devenir obsolètes en quelques années, étant donné que les technologies progressent sans cesse.

 

L’éthique est un sujet crucial : l’incluez-vous dans l’enseignement ? Comment ?

Des interventions sur l’éthique ont été proposées lors de la première promotion, et c’est souvent une demande de la part des apprenants, informés sur les polémiques engendrées par le traitement des données reçues par les entreprises du numériques et en général. Bernard Ourghanlian, Directeur Technique et Sécurité chez Microsoft France, est intervenu, ainsi qu’une coach philosophe. Pendant une semaine, elle a décortiqué toutes les notions philosophiques autour de l’éthique (le vivre ensemble, la pensée critique, la pensée commune…).

 

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Nous co-construisons cette partie de l’enseignement avec le groupe en définissant en début de formation une thématique de réflexion « fil rouge » sur les sept mois de formation. Pour la première promotion, c’était « Ethique et IA », pour la prochaine ce sera peut-être « Avancées du droit et IA » – nous verrons.

 

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La diversité des profils est-elle importante au moment de la sélection ?

 

Oui c’est un facteur très important pour nous. Nous veillons notamment à bien représenter les publics féminins, qui constituent environ 30 % des effectifs dans les métiers du numérique et seulement 10 % dans les métiers de l’IA. Nous nous engageons à recruter au minimum 30 % de femmes dans nos promotions – et sur la prochaine promotion qui aura lieu dans les locaux de Microsoft, l’engagement s’élèvera à 80 %. Une étude a montré que seulement 14.88% des chercheurs dans l’Intelligence artificielle sont des femmes, et à l’échelle mondiale, on n’est qu’à 12%.

 

Nous essayons par ailleurs de choisir des profils diversifiés en termes d’âge (de 19 à 39 ans dans la première promotion) et de parcours professionnels – certains de ces derniers n’avaient pas le bac ou très peu d’expérience professionnelle, d’autres avaient un bac + 5 mais dans un domaine complètement différent, comme le droit… avec des connaissances basiques du fonctionnement des algorithmes. Cette diversité des profils est enrichissante au cours de la formation puisqu’elle permet de se nourrir de multiples perspectives et points de vue.

Quels sont les métiers envisageables pour les diplômés ?

 

Ils peuvent devenir développeur data/IA, consultant en IA, assistant data analyst ou data analyst, chef de projet, ou encore travailler dans la robotique. Dans ces nouveaux métiers, les appellations de postes sont très variées. Ce sera donc à chacun, en fonction de son appétence pour certaines activités en particulier (algorithmes, réseaux de neurones, traitement de données, etc.) et de son parcours professionnel et des compétences renforcées pendant ses 12 mois d’alternance, d’intégrer le poste qui lui correspond le mieux.

Une success story d’étudiant à partager ?

 

Un jeune homme avait arrêté l’école avant le bac car le système scolaire ne lui convenait pas du tout. Puis il a traversé une période d’isolement social , avant d’intégrer l’école de la deuxième chance. Il a découvert les Fab Labs et a commencé à se passionner pour le computing, le numérique et l’IA, mais sans que cela ne débouche sur un métier. Il a rejoint notre école car il connaissait un langage de programmation avec une curiosité pour les systèmes d’exploitation et avait une bonne logique mathématique. Et au cours de la formation, il a vraiment repris confiance en lui, il a réalisé d’énormes progrès et il a signé un contrat de professionnalisation dans une très grande entreprise française. Sans l’Ecole IA et sans bac en poche, l’accès aux métiers de l’IA aurait été un vrai parcours du combattant.

 

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Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite se former à l’IA ?

 

Je lui conseillerais de bien évaluer son niveau en faisant l’inventaire de ses connaissances et compétences et de choisir la formation la plus en cohérence avec son parcours et le temps qu’il souhaite y consacrer. Une personne déjà ingénieur, avec un bac +5, qui souhaite se spécialiser dans le numérique pourra par exemple opter pour un Master spécialisé d’un an en machine learning ou en advanced visual computing – l’Ecole IA ne répondra pas à ses besoins. L’offre de formations en IA va beaucoup s’étoffer et pour s’y retrouver, il faut avant tout bien définir ses objectifs afin de cibler la formation qui permettra d’accéder au métier souhaité.

 

Envie d’en savoir plus ? Retrouvez dans cette émission tournée à l’occasion de Microsoft experiences 18, les points de vue de Louise Joly, Fanny Bouton (Conférencière et journaliste) et Joel Courtois (Directeur d’Epita) :

 

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