3 futurs pour le travail

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Il y a encore quelques mois, le travail était réglé comme une tragédie classique, avec son unité de temps, d’action et de lieu. Une pandémie mondiale plus tard, cette unité a volé en éclats et laissé sa place à de nouveaux possibles pour le travail. Pour ce deuxième numéro de notre saga « Visions », nous explorons trois scénarii pour le futur du travail.

A l’heure où la France connaît son deuxième confinement et que le gouvernement normalise son recours, le télétravail est devenu une jauge, une ligne de démarcation qui distingue une organisation d’une autre. Adopter le télétravail, oui ou non ? Et jusqu’où ? Si le sujet semble “réglé” dans plusieurs pays, surtout nordiques, d’autres pays dont la France s’y convertissent plus doucement. Car ce qui se joue actuellement va au-delà de l’approche sanitaire : le travail à distance est devenu le nouveau terreau d’exploration du futur du travail. Entre présentiel et distanciel, le monde du travail tangue. De quel côté va-t-il basculer ? Voici trois scénariis nourris de réflexions d’experts et de signaux faibles captés dans l’actualité de  ces derniers mois.

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Vision #1 : le 100% télétravail devient la norme

Les signaux qui parlent

Fin 2019, les travailleurs français découvrent massivement le télétravail à la faveur des grèves. Une grande première même pour 42% d’entre eux, révèle un sondage OpinionWay pour Microsoft en mars 2020. L’expérience enthousiasme et 93% des personnes interrogées envisagent de continuer le télétravail. Encourageant.

Huit mois plus tard, le gouvernement français fait du télétravail la règle pour toutes les entreprises qui le peuvent. Certaines entreprises décident d’ailleurs cette année de mettre tous leurs salariés en télétravail et de fermer leurs locaux, à l’image de The Family, et d’autres entreprises font la chasse aux mètres carrés superflus.

Certaines en font même un argument d’attractivité, comme Doist, autoproclamée « The Fully remote company ». Objectif : réduire les coûts et repenser la notion de proximité.

Une chose est sûre : cette période a bouleversé notre rapport à la géographie, et grâce aux outils collaboratifs dans le cloud simplifiant le stockage en ligne, la sauvegarde en ligne et bien d’autres usages, il n’est plus délirant de travailler à Marseille ou Biarritz quand le siège de son entreprise est à Paris.  Preuve de cette nouvelle tendance : la courbe des utilisateurs de Teams. En décembre, on comptait 20 millions d’utilisateurs actifs quotidien dans le monde. Ils étaient 75 millions à la fin du premier confinement, en juin. Aujourd’hui, on compte 115 millions d’utilisateurs actifs quotidien dans le monde.

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Les arguments

Le télétravail dope la qualité de vie des travailleurs. Les partisans du télétravail avancent une productivité égale voir plus élevée dans certains cas, un équilibre vie pro / vie perso amélioré, un bien-être global avec moins de fatigue et un gain de temps considérable dans les transports. Sans oublier une meilleure répartition de la population sur le territoire, généralement concentrée dans les bassins d’emplois et les grandes villes, donc un réajustement des loyers et des prix du foncier.

Une source d’économies pour les entreprises. Avec moins d’employés sur site, voire plus du tout, les frais de fonctionnement et de consommation d’énergie se réduisent drastiquement. La notion même de siège est interrogée. « Actuellement, il y a tout un concept autour de la ville des 15 minutes, qui consiste à redéfinir le travail et la vie autour de chez soi. Cela soulève deux enjeux : la décentralisation et la réorganisation des espaces de travail, analyse Nadine Yahchouchi, directrice de l’entité M365 chez Microsoft France. Est-il nécessaire de se rencontrer au siège si plusieurs collaborateurs vivent dans la même ville ou à proximité ? Ne vaut-il pas mieux laisser les personnes qui vivent loin en télétravail pour maintenir leur qualité de vie et leur payer un aller-retour au siège de temps en temps ? Et est-ce que cela fait sens de garder pour 50 personnes des locaux prévus pour 100 ? » Bref, Paris n’est plus la norme. Cette nouvelle donne pourrait booster l’attractivité d’autres villes ou régions.

Travailler à distance oui, être enfermé chez soi, non ! Pour Nadine Yahchouchi, distanciel ne rime pas nécessairement avec travail à la maison. « Certaines personnes ne souhaitent pas se rendre sur leur lieu de travail, mais ne veulent pas non plus travailler chez elles, parce qu’elles ont des contraintes personnelles (connexion limitée, petit espace, enfants…). L’un des enjeux consiste alors à redéfinir des nouveaux espaces de travail temporaires ou durables, pour proposer des tiers lieux proposant proximité, connectivité et tranquillité. » C’est ce que proposent certaines chaînes d’hôtels, comme Accor qui transforme certaines chambres de ses hôtels en chambres de travail.

Le télétravail est inclusif. « Le travail à distance ouvre un accès à de nouveaux emplois et de nouveaux talents, souligne Nadine Yahchouchi. Si je peux travailler à distance ou en décalé grâce aux outils numériques et à la visioconférence, je peux prétendre à un emploi auquel je ne pouvais pas avant à cause de contraintes personnelles (immobilité géographique, enfants en bas âge, handicap). Le travail n’est plus là où je vais, mais ce que je fais… Et pour l’entreprise, c’est aller chercher de nouveaux talents là où ils sont, pour une plus grande diversité et une meilleure innovation. »

Responsabilité et autonomie. Le télétravail nécessite une communication rationnalisée, avec des managers capables de prioriser et de donner des consignes claire s; et des collaborateurs capables de rapporter leur activité de manière structurée et accessible. C’est là qu’un outil comme Teams prend tout son sens : l’information est centralisée à un endroit donné, accessible à tous, et partagée. Chacun va y puiser ce dont il a besoin pour avancer son travail.

Le télétravail est bon pour la planète. Des travailleurs qui n’ont pas à se déplacer, cela signifie moins d’embouteillages ou de transports en commun bondés, ce qui permet de diminuer l’empreinte carbone globale.

De nouvelles habitudes ont été prises et on ne pourra pas revenir en arrière. C’est le point de vue de Laetitia Vitaud, spécialiste de la recherche sur le travail du futur : « On voit des niveaux de télétravail qu’on n’avait jamais connus, même pendant les grèves. Comme cette crise sanitaire se poursuit, des habitudes s’installent et se pérennisent. (…) En admettant que l’on poursuive le télétravail pendant un an et demi (cela fait déjà plus de 6 mois), il est impossible de revenir à l’état d’avant. Je pense qu’un saut a été fait. On ne pourra pas revenir complètement en arrière. »

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Vision #2 : le travail revient à un fort présentiel

Les signaux qui parlent

Les résistances au télétravail restent vives. Entre les deux déconfinements, fin septembre, seuls 12% des salariés français étaient en télétravail. Un chiffre d’ailleurs bien en deçà du Royaume-Uni (29%) et de la majorité des autres pays européens, certains français pointant les limites du distanciel. Pourquoi le télétravail parait si inapproprié pour certains ?

Les arguments

Le télétravail n’est pas compatible avec toutes les entreprises. Les salariés éligibles au télétravail ne sont pas si nombreux. Sur 26 millions d’actifs français, seul un peu plus d’un tiers (8,1 millions de personnes) peuvent aujourd’hui profiter du télétravail, selon le ministère du Travail. La répartition du télétravail varie selon la taille des entreprises et en fonction des secteurs, mais il est clair que de très nombreux métiers ne pourront jamais basculer en télétravail.

Posséder du foncier, une garantie pour l’entreprise. « Une entreprise propriétaire de son bien immobilier est une sécurité pour les banques, souligne Nicolas Doze, éditorialiste économique à BFM Business. Si une entreprise n’a plus d’immobilier, comment accède-t-elle au crédit ? »

Le risque d’isolement. Intervenant le 10 octobre sur Europe 1, la sociologue Dominique Méda a pointé « un énorme risque d’isolement et de vulnérabilité du salarié ». « Ma crainte est que les gens se voient de moins en moins et qu’on soit engagé dans un processus de disparition de l’entreprise et du salariat. ». Selon elle, se voir à travers des écrans transforme plus facilement « la relation salariale en simple contrat commercial ».

Quid de la culture d’entreprise ? Un des enjeux du distanciel concerne l’onboarding et l’acculturation des nouvelles recrues. Comment transmettre la culture d’entreprise à distance lorsqu’elle vient en partie de la dynamique de groupe, de l’ambiance, des échanges à la machine à café voire… du dress-code ? Comment sentir la culture d’entreprise si on n’y a jamais mis les pieds ? « C’est comme apprendre une langue : on peut prendre des cours en ligne mais c’est plus efficace d’y aller. L’expérience immersive est très importante, y compris au travail, souligne Nadine Yahchouchi.

Aller au travail renforce la motivation. A force de travailler à distance, on peut vite se prendre pour un personnage du jeu virtuel “les SIMS”… On peut souvent faire son travail, oui. Parfois même plus vite car on n’est moins dérangé et on peut ainsi mieux se concentrer. Mais au bout d’un temps, on commence à perdre la connexion avec l’entreprise, et la motivation peut être amenée à baisser.

Le travail, ce n’est pas que du travail. A la base, nous passons une bonne partie de nos journées sur notre lieu de travail, et pour beaucoup, c’est également un lieu de rencontre, d’amitié, voire une agence matrimoniale puisque selon une enquête en ligne réalisée en 2019, 38% des répondants étaient en couple avec une personne rencontrée sur leur lieu de travail. Se couper de nos déjeuners avec nos collègues, des pauses café, des moments d’échange, c’est aussi se couper d’une bonne partie du plaisir que l’on a à travailler. Si on se rend compte qu’une bonne partie de notre travail peut se faire de chez nous, on se rend compte aussi qu’on y prend moins de plaisir.

Aller au travail, c’est bon pour notre équilibre et notre santé mental. Une étude récente montre que la consommation d’anxiolytiques a augmenté de 22% en France depuis le début du confinement. Manque de lien social, peur de ne pas exister, plus de cadre horaire, impression de ne jamais satisfaire et de ne pas “exister” professionnellement… le télétravail peut entrainer chez certaines personnes une forte dose de stress et d’anxiété. Aller au bureau ne semblerait donc pas seulement être une source de plaisir, mais aussi un moyen de trouver un équilibre dans notre vie.

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Vision #3 : le modèle hybride du Bureau 4.0 s’impose

Les signaux qui parlent

Près de 90% des dirigeants sont prêts à adopter durablement le travail hybride, selon la deuxième édition de l’enquête « Work.Reworked » de Microsoft. Un chiffre fort alors que la France faisait figure de retardataire sur le sujet. Passé l’enthousiasme de la découverte du télétravail lors des grèves, le premier confinement a révélé les manques, en matière de lien social notamment, d’un télétravail total et contraint. Ainsi, 40 % des télétravailleurs constataient une dégradation de la qualité du lien avec leurs relations de travail, et 32 % souffraient d’un manque d’accompagnement, selon une étude Malakoff-Humanis menée en mai 2020. D’où l’émergence d’un modèle hybride, mixant télétravail et présentiel, et théorisé par Microsoft sous le nom de Bureau 4.0.

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Les arguments

Un meilleur équilibre des tâches et une organisation optimisée. « Il y a une différenciation des tâches faites en présentiel et en distanciel, note Nadine Yahchouchi. Le modèle hybride, s’il est bien implémenté, peut alors permettre aux collaborateurs de profiter du meilleur des deux mondes. « Cela suppose alors une réorganisation du travail pour regrouper les tâches qui nécessitent d’être en présentiel et les distinguer de celles qu’on peut faire en distanciel. Et finalement, c’est en fonction de ces tâches que l’on choisit si sa présence au bureau est nécessaire ou non. »

Une nouvelle philosophie qui a un impact direct sur les espaces de travail. « Si je viens sur site pour interagir ou brainstormer, alors j’ai davantage besoin de salles de réunion que de bureaux fixes ou d’open space. Cela nous amène à traiter une nouvelle question : comment réaménager ses locaux en fonction de ces nouveaux besoins ? »

Le travail hybride, le parfait équilibre entre lien social et autonomie. « La motivation et l’innovation sont alimentées par le sentiment d’appartenance, de confiance et d’empathie, qui sont facilitées par le présentiel, explique Nadine Yahchouchi. Le télétravail a aussi ses vertus, puisqu’il donne plus d’autonomie et de liberté, entre autres. Ainsi, un modèle hybride peut permettre d’assurer le maintien du lien social et une cohésion entre les collaborateurs tout en leur laissant cette liberté qui est si importante, surtout pour les jeunes générations.

On s’engueule moins quand on se voit (un peu) quand même. Le télétravail à temps plein peut créer des frustrations, parce qu’à distance, on ne voit pas l’autre, on ne sait donc pas dans quel état d’esprit il est. Ces frustrations peuvent alors escalader plus facilement qu’en face-à-face. On se rend de ce problème de manière très explicité sur les médias sociaux… Le fait de se retrouver, au moins de temps en temps, permet alors de renouer le lien, de mieux comprendre l’état d’esprit des personnes qui sont en face, et des solliciter d’une manière plus optimale. A l’inverse, se couper des autres peut aussi être bénéfique quand on voit trop ses collègues. Car Tanguy est marrant, mais ses blagues peuvent devenir lourdes à la longue…

On aime bien le télétravail. Mais on ne peut pas se couper des autres. Les choses ont évolué depuis le mois de mars. Au début, beaucoup ont été surpris par le nombre de choses qu’il était possible de faire à distance, et même parfois de la hausse de productivité que le télétravail pouvait apporter ! A l’inverse, il est devenu évident que le lien social était souvent indispensable. Les rapports avec nos collègues, qui ne nous manquaient pas forcément au début du premier confinement, sont vite apparus comme essentiels pour garder une vie sociale plus riche, garder des repères et un rythme. Les deux options sont intéressantes… alors pourquoi choisir ?!

Le travail hybride permet de mieux répondre aux besoins de tous.  Nous ne sommes pas tous égaux sur ce sujet, puisque cela dépend des conditions de travail que l’on peut avoir en dehors de l’entreprise. Pour certains, l’espace, le calme et la vie sociale sont au RDV, la productivité et le bien-être avec. Pour d’autres, ça peut être beaucoup plus compliqué… Un mode de travail hybride, qui s’adapte aux circonstances de chacun, semble alors être la solution la plus adaptée si cela peut être fait intelligemment, sous la supervision des RH et des managers de l’entreprise.

Une solution idéale quand on est sur le départ. Enfin, le modèle hybride présente un dernier atout. « Il y a un vrai enjeu à proposer le télétravail aux populations en pré-retraite, souligne Nadine Yahchouchi. Cela leur permet de préparer une transition en douceur avec leur prochaine vie, en ne passant que deux jours par semaine dans les bureaux de l’entreprise par exemple. Cela évite la rupture brutale qui peut être mal vécue. Et pour l’entreprise, cela permet de garder un talent senior. »

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