3 futurs pour l’éducation

COLLABORATION
Temps de lecture : 7 minutes

Le futur est incertain. Impossible à prédire par nature. Nous pouvons, néanmoins, imaginer ou envisager des futurs possibles à travers des hypothèses ou « scenarii ». Expert.e.s, signaux faibles et actualités nous dessinent les potentielles évolutions des grands secteurs d’activités dans notre saga « Visions ». Pour ce premier numéro, nous vous invitons à explorer les futurs possibles de l’éducation.

Les chiffres témoignent du big bang mondial de la COVID-19 sur l’éducation. 191 pays ont dû fermer les locaux de leurs établissements scolaires, 60% de la population étudiante mondiale a été affectée par ces fermetures, 1.4 milliard d’élèves et 63 millions d’enseignants ont été impactés selon L’UNESCO.

Mais le tableau n’est pas si noir pour tous. De nombreux établissements ont également su se réinventer sous la pression de la crise pour numériser rapidement leur enseignement. D’autres, ayant déjà entamé leur transformation digitale, ont réussi à créer une continuité sans faille, allant même jusqu’à repenser leurs modèles de cours. Autant de success stories recensées dans la publication « Concilier enseignement en présentiel et à distance » .

Si l’avenir est incertain, une chose est sûre, cette crise nous interroge sur le modèle qui s’imposera dans l’éducation. Reviendrons-nous au modèle d’avant ? Construirons-nous des modèles d’enseignement qui prendront principalement place en ligne ? La crise dessinera-t-elle un nouveau modèle hybride alliant présentiel et cours en ligne ?Confrontation de 3 visions pour le futur de l’éducation.

Vision #1 : Le futur de l’éducation s’appuiera sur un numérique « béquille »

Les signaux parlent

Les mouvements contre l’enseignement à distance – comme cette pétition à l’initiative d’un collectif de chercheurs et d’enseignants – agissent comme un signal pour revenir à une éducation « comme avant ».  Bien que les auteurs reconnaissent les mérites des outils numériques, qualifiant ces derniers de « formidables », ils s’opposent à une substitution du présentiel par le numérique. Le collectif laisse cependant la porte ouverte à un modèle numérique uniquement dispensé en situation de crise sanitaire si l’accès aux cours est impossible au sein de l’établissement.

Les arguments

La dimension interactive unique permise par le présentiel. « Seule une personne n’ayant jamais enseigné peut soutenir que la distance est préférable à la présence, y compris dans des amphithéâtres contenant plusieurs centaines d’étudiants » affirment les auteurs.

L’inégalité d’accès. Selon le collectif, si tous les étudiants n’assistent pas aux cours magistraux, les personnes victimes de la fracture numérique n’auraient pas les mêmes chances d’accès : « Soit ils ne disposent pas de matériel informatique, soit ils n’ont pas de connexion internet fiable : ces étudiants, les plus démunis souvent, sont donc condamnés à la mort universitaire. Les Universités sont des lieux de rassemblement, d’échange, d’émulation et de controverses parfois. Elles permettent bien souvent à des jeunes gens de sortir de leur solitude ou de leur réserve, et d’aller à la rencontre des autres. Veut-on relâcher le lien social au point que nous serions tous des monades numériques isolées devant leurs écrans ? ».

Le manque de formation d’une certaine partie des intervenants. C’est par exemple le cas des travaux dirigés qui, dans le domaine juridique sont confiés à 80% à des notaires, avocats, juristes… Comme le rapporte le collectif, ces derniers « exercent leur métier principal en dehors de l’Université (qui les rémunère médiocrement) et refuseront de passer des dizaines d’heures à se former à l’utilisation des outils numériques ou à leur manipulation pendant tout un semestre ». Et peut-être n’y verront-ils alors plus l’intérêt, l’interaction avec les étudiants étant pour eux la principale source de motivation.

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Vision #2 : sous l’impulsion de la crise l’éducation et la formation à distance s’installent en norme

Les signaux parlent

La distanciation sociale a provoqué un boom des plateformes d’e‑learning tels qu’Openclassrooms. Sciences Po a lancé cette année un deuxième campus, 100% en ligne, à destination de tous les étudiants qui n’ont pas la possibilité de suivre les cours sur place. Le programme est accompagné d’un réseau social interne permettant de conserver le lien entre les apprenants, et se révèle être un véritable succès après quelques mois.

Clément Meslin, CEO d’Edflex, une solution SaaS qui connecte les organisations avec les meilleurs contenus de formation du web (MOOC, vidéos, podcasts…) est persuadé que la crise actuelle marque un tournant durable pour instaurer de nouveaux usages numériques dans l’éducation et la formation. Selon lui « nous avons gagné entre 5 et 10 ans dans les pratiques pour un enseignement 100% en ligne ». Un scenarii qui suit assez logiquement la numérisation de nos sociétés et de nos usages selon l’entrepreneur.

Les arguments

Élargir le champ des compétences et s’intégrer à l’ère du télétravail. Pour Clément Meslin, le constat est clair : les écoles et les entreprises qui formeront via le digital auront un temps d’avance sur leurs concurrents. « A l’ère ou le télétravail tend à se généraliser, préparer intégralement en ligne permet d’offrir aux étudiants des compétences nécessaires sur le marché du travail. Cela leur permet d’apprendre à étudier de façon autonome ou encore à gérer leurs propres projets. Deux arguments qui leur permettent d’optimiser leur employabilité et même d’envisager, plus tard, des métiers plus nomades ».

  • Une plus grande flexibilité et de productivité pour les étudiants :Avec son accès sans contrainte d’espace ni de temps, le tout avec des frais diminués, le numérique serait un gage d’inclusion incomparable pour le spécialiste edtech. Une flexibilité qui induirait aussi une hausse de la productivité, comme on a pu le voir récemment dans certains établissements du secondaire, comme à l’ESC Clermont Business School : « « Beaucoup d’élèves nous disent qu’avec ce nouveau système de cours à distance, les échanges sont plus concis, plus formels et qu’ils gagnent en efficacité. Les étudiants sont plus concentrés sur leur travail car ils n’ont pas la distraction des camarades à côté d’eux.» témoignait Rodolphe Canale, responsable relations média et brand content à l’ESC.
  • Plus de ressources pour améliorer l’éducation : Ces avantages ne concernaient pas uniquement les étudiants, mais aussi aux établissements eux-mêmes. « Ces économies seraient aussi de mise pour les écoles elles-mêmes, qui n’auront plus de locaux à louer et pourront alors investir dans la formation des enseignants, de nouveaux outils de travail, des e‑conférences dispensés aux étudiants… » Une réallocation budgétaire pour transformer l’éducation.
  • De plus fortes interactions avec les élèves. L’argument semble contre intuitif. Pourtant le CEO d’Edflex, le positionne comme un argument majeur : « l’université numérique n’induit pas une perte complète du contact humain avec les apprenants, puisqu’il est nécessaire de conserver un lien direct entre étudiants et enseignants. Je crois sincèrement que les interactions peuvent être encouragées, avec des outils tels que des chats, réseaux sociaux internes et e‑event auxquels nos jeunes sont déjà tous acculturés ».

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Vision #3 : Tirer parti du meilleur des deux mondes, le futur hybride de l’éducation

Les signaux parlent

L’enseignement co-modal, ou hybride, était déjà une tendance montante avant la crise. Face à un enseignement supérieur mondialisé, de nombreuses écoles, comme Skema Business School, cherchaient déjà à s’internationaliser en créant de nouveaux campus à travers le monde, et des promotions plus diversifiées.

Pour Stéphanie Piet, en charge de la transformation numérique dans l’enseignement supérieur et la recherche chez Microsoft France, la crise actuelle est « un accélérateur considérable » pour l’enseignement hybride. Pour la responsable « les universités qui avaient déjà entamé cette hybridation ont pu mieux faire face à cette crise. L’université de Bourgogne, Paris Dauphine, l’EFAP, les écoles du groupe Eduservices et bien d’autres avaient déjà entrepris cette dynamique ». Pour celles qui n’avaient pas opéré cette mutation, la transition est (principalement) en marche. En contact régulier avec les les établissement d’enseignement supérieur, Stéphanie Piet nous rapporte que « 25% de nos interlocuteurs veulent dorénavant accélérer leur transformation et même repensent leur système d’enseignement. 50% tendent vers un modèle qui intègre forcement le digital et le « distanciel ». Les 25% restants souhaitent avant tout revenir « au monde d’avant » même si, avec les contraintes réglementaires, ils tendent à reconnaître les avantages d’un enseignement hybride ».

Les arguments

Le présentiel reste essentiel. Notamment pour les plus petites classes (primaire, collège, lycée) « où il y a un vrai besoin de rencontres entre les élèves et les professeurs » explique Clara Feuillet, Marketing Manager Education chez Microsoft France. Il est donc important de le conserver comme élément moteur de l’éducation. Dans le cadre de l’enseignement supérieur, ce sont des modèles plus facilement applicables. L’étudiant a une plus grande maturité, qui lui permet de suivre des cours à distance sans forcément avoir besoin de cette proximité physique.

Un enseignement inclusif. Si la fracture numérique est indéniablement un fossé à combler, l’hybridation des cours est défendue comme une forme d’enseignement inclusive. L’experte Microsoft nous rapporte ainsi que « l’accessibilité aux cours pour certaines personnes, notamment celles en situation de handicap, est rendue possible par ce modèle hybride. On peut permettre du sous-titrage si l’élève est malentendant, la possibilité d’adapter la diffusion en cas de troubles visuels… beaucoup de fonctionnalités numériques permettent à tous les élèves de suivre le même cursus.

Favoriser l’accès aux ressources : Pour bien travailler, les étudiants souhaitent pouvoir accéder à leurs ressources, leurs cours mais aussi à des salles de TP quand et où ils le souhaitent. « Grâce à la mise à disposition d’espaces virtuels, ils peuvent travailler sur des projets et sur des logiciels puissants sans être dans l’enceinte de l’établissement, même le soir quand le campus est fermé. Le service ou programme est mis à disposition de l’étudiant de façon virtualisée dans le cloud, ce qui permet, par la même occasion, une égalité d’accès aux ressources de l’école car toute la puissance du programme (3D, calcul ou autre) tourne dans le Cloud et les étudiants n’ont pas besoin de PC récents ou performants… » précise Stéphanie Piet.

Attirer les experts :  Selon l’experte, il est « forcément plus facile de faire « venir » des conférenciers ou des intervenants extérieurs, car les coûts engendrés sont diminués (déplacements, hébergements…) et le temps optimisé. Avec des outils comme HoloLens (le casque de réalité virtuelle), des cours de médecine ont pu avoir lieu pendant le confinement par exemple » Argument auquel nous pourrions ajouter l’impact écologique de ces déplacements qui se retrouve, par nature, réduit.

Un meilleur suivi des étudiants. Ces modèles hybrides devraient permettre de développer un véritable enseignement personnalisé grâce à l’analyse des informations qui peuvent en émaner. « Le fait de savoir quel élève regarde son cours, combien de temps il reste dessus, est-ce qu’il a des difficultés… sont autant d’informations qui pourront permettre de l’accompagner de façon personnalisée » affirme-t-elle. Il sera ainsi possible de déceler les meilleurs formats présentiels ou à distance qui conviennent à chacun.

Être au plus proche des réalités professionnelles de demain. Les usages sont dans le numérique, et les métiers se digitalisent. C’est un fait incontestable. Et lorsque l’on demande l’opinion des étudiants sur ces nouveaux modes d’enseignements hybrides, Stéphanie Piet, nous rapporte une attitude très pragmatique de ces futurs professionnels. Elle témoigne ainsi « qu’étant donné que leur futur professionnel appellera très fortement l’utilisation des outils digitaux, ils demandent à les retrouver dans leurs cours. Ils veulent utiliser ce qui leur servira ». En somme un modèle d’éducation hybride, pour un monde qui le sera tout autant.

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